Adam et Ève chassés du Paradis, 208×88 cm, fresque, conservée à l'église Santa Maria del Carmine de Florence. Cette œuvre est probablement la plus expressive de la Renaissance ; sous un réalisme naturaliste, les corps robustes, l'éclairage unifié, la structure rigoureuse, l'espace imaginaire et les expressions riches révèlent pleinement, dans des coups de pinceau brutaux, le caractère et l'émotion les plus intenses de l'auteur. La représentation dramatique de l'instant où Adam et Ève sont expulsés des portes du Paradis, avec un paysage de collines abruptes, montre des corps en pleurs baignés d'une lumière parfaite (provenant de droite), créant par clair-obscur une solidité tridimensionnelle (à observer attentivement : c'est la première fois que l'on voit l'ombre humaine projetée au sol). Grâce à une anatomie précise, la beauté du corps humain est mise en valeur, rapprochant les objets de la réalité. Leurs pas lourds, leur regard perdu, l'anticipation d'une vie terrestre pleine de souffrances se lisent sur leurs visages désolés et plaintifs. Adam, le visage baissé, lève les mains pour se couvrir dans la douleur ; Ève, le visage tourné vers le haut, pleure amèrement, sa main gauche couvrant ses parties génitales et sa droite son sein. On croirait entendre leurs gémissements tragiques. Au-dessus d'eux, un ange volant dans les nuages brandit une épée pour chasser ce couple qui a mangé le fruit défendu, ouvrant ainsi le chapitre de cette histoire humaine et inaugurant une nouvelle ère dans l'art pictural.