Le Jugement dernier, 17×13 m, fresque, Musées du Vatican, Rome. Cette immense fresque émue, longue de dix-sept mètres et large de quatorze, est l'œuvre majeure de Michel-Ange après la Genèse. L'artiste, animé par l'esprit humaniste, offre dans sa compassion un nouvel espoir pour l'avenir humain. Ce Jugement dernier, spectaculaire, puissant et charismatique, présente plus de deux cents personnages aux formes variées. Sous la ferveur religieuse de Michel-Ange, il chante l'unité du corps, de l'esprit et de l'âme humaine, tout en reflétant le contexte social, notamment les tensions de la Réforme et de la Contre-Réforme, exhortant les catholiques à rester fidèles à leur foi face aux assauts de la Réforme.

Le tableau majestueux et passionné, plein de mouvement, place Jésus-Christ au centre du tourbillon dynamique. Il se divise harmonieusement en quatre scènes verticales. Les deux arcs semi-circulaires supérieurs, symétriques, représentent les instruments de la Passion : à gauche, Jésus crucifié, entouré d'apôtres et de fidèles embrassant la croix avec ferveur ; à droite, ceux-ci s'enlacent autour de la colonne de flagellation, symbolisant une foi inébranlable.

Au cœur de cette composition trône le Sauveur, Jésus-Christ, jeune, vigoureux et rayonnant, jugeant avec justice et autorité divine. Levant son bras droit puissant comme un grand chef, il rend son verdict impartial. À sa droite se trouve la Vierge Marie. Autour de lui, douze apôtres anxieux, des saints tenant leurs attributs martyriaux et des fidèles humbles forment deux groupes nus remarquables. Tous les regards convergent vers le Christ solennel, écoutant son jugement sage.

À droite (gauche du Christ), un vieillard massif tenant de grandes clés est l'apôtre saint Pierre. Assis sur un nuage sous ses pieds, saint Barthélemy tient un couteau et sa propre peau écorchée, martyr dépeauté. Le visage sur cette peau est un autoportrait audacieux de Michel-Ange, suggérant la souffrance de l'artiste. À l'extrême droite, parmi la foule agitée, saint André porte sa croix en X. Accroupi près de lui, saint Sébastien tient un arc ; à côté, sainte Catherine tient une roue, et saint Laurent des grilles de fer.

À gauche (droite du Christ), devant une foule stupéfaite, se dresse Jacques, suivi de ses douze enfants. Près de ce groupe, des femmes hébraïques sensuelles et des sorcières apparaissent. Les figures entourant Jésus ont été jugées et se trouvent au Paradis.

La troisième partie montre les anges descendant du ciel sur les nuages, sonnant des trompettes retentissantes au rythme du tourbillon pour proclamer les listes du jugement. À gauche, les âmes bonnes, récompensées, montent au Paradis soutenues par les anges. À droite, les âmes mauvaises punies sont poussées vers l'Enfer.

La quatrième partie, l'Enfer, montre à gauche les âmes bonnes ressuscitant par l'appel divin, aidées par les anges à quitter la terre pour le Ciel. À droite, l'Enfer terrifiant illustre la vision dantesque : franchir le fleuve Acheron mène à l'Enfer. Une barque chargée d'âmes damnées accoste, pilotée par Charon qui pousse vigoureusement avec sa rame. Minos, juge infernal, monstrueux, aux oreilles pointues et enlacé par un serpent, représente Biagio da Cesena, le maître des cérémonies du Vatican.

Anecdote sur Minos : lorsque le Jugement était achevé aux trois quarts, le pape Paul III visita l'œuvre. Interrogeant Biagio da Cesena sur la peinture, celui-ci répondit qu'elle était indécente, exposant trop de nus dans un lieu sacré, convenable seulement pour un bain ou un hôtel. Fou de colère, Michel-Ange peignit le portrait de Cesena en Minos. Malgré les supplications de Cesena auprès du pape, Michel-Ange refusa de modifier l'image. Paul III plaisanta alors : si Michel-Ange t'avait mis au Purgatoire, j'aurais pu t'en tirer, mais en Enfer, je ne peux rien faire. Ainsi, le portrait fut conservé.