Anselm Kiefer – L’alchimie du livre, exposition personnelle
Affiche de l’exposition personnelle d’Anselm Kiefer « L’alchimie du livre » à la Bibliothèque nationale de France, Paris.










Texte et photos / Chen Chi-Hsiang | Dates : 20 octobre au 7 février | Lieu : Bibliothèque nationale de France, Paris
Il est dit que les livres renferment des maisons d’or et des beautés comme Yu Yan. Ils cachent ainsi des trésors innombrables, relatant toute la civilisation humaine et une connaissance universelle. Devenus la source majeure du savoir, ils accompagnent notre croissance tout au long de la vie. On y trouve aussi des solutions aux problèmes réels ; comme le suggère le proverbe, trois jours sans lire rend le visage odieux, soulignant leur importance.
Anselm Kiefer (né en 1945) est l’artiste le plus représentatif du néo-expressionnisme allemand, célèbre pour ses tableaux historiques grandioses et expressifs. Après des études de droit et de littérature puis à l’Académie des beaux-arts, il puise dès les années 60 dans les tragédies de l’histoire allemande, notamment la Seconde Guerre mondiale et les camps de concentration, pour explorer la conscience collective et guérir les mémoires.
Dans les années 70, Kiefer s’affranchit de ces ombres, inspiré par les poètes Paul Celan et Ingeborg Bachmann, ainsi que par le philosophe Martin Heidegger. Ses œuvres, imprégnées de spiritualité, mêlent mythe, religion et cosmos, révélant une conscience tragique de l’existence humaine.
« L’alchimie du livre » tire son nom de la pratique habituelle de l’artiste qui consigne ses observations sous forme de croquis et d’écrits. Le carnet de croquis devient la base de sa création ; Kiefer en fait des œuvres indépendantes, développant continuellement son art depuis les années 60. Ces immenses carnets, plus grands qu’un homme, sont des traces sensibles du temps et de la conscience, réalisés avec divers matériaux : papier, carton, photographies, plomb, verre, présentés sous forme de sculptures ou d’installations spatiales.
Cette exposition personnelle marque la première fois que Kiefer place le « livre » au centre de sa démarche. Y sont présentées toutes les formes et états du livre depuis 1968 : peints, objets, sculptures, installations sur les murs, étagères ou armoires. Les textes, croquis, dessins sur cahiers, vitrines en forme d’étagères ou livres façonnés par des machines à écrire offrent un spectacle riche et varié.
L’artiste explique : « C’est le catalogue de ces formes et une matérialisation du flux temporel. Pour moi, chaque livre contient un courant émotionnel, une forme floue offrant un point de référence. Je le feuillete ou je le présente… Certains, semblables à des sculptures, sont si lourds et imposants qu’on ne peut les ouvrir. »