La moisson à Montfoucault, 65×92,5 cm, 1876, huile. Musée d'Orsay, Paris. Camille Pissarro (1830-1903), figure majeure de l'impressionnisme français, né aux Antilles françaises, est envoyé très tôt à Paris pour étudier les arts. En 1855, il visite pour la première fois l'Exposition universelle (y voyant les œuvres de Corot), et devient dès lors fasciné par la peinture de paysage de Corot. Il entre à l'Académie Suisse, où il rencontre Cézanne (avec qui ils deviennent de grands amis) et Monet. En 1863, il participe avec Manet et Cézanne, entre autres jeunes peintres, au « Salon des Refusés » ; ses œuvres de cette période sont influencées par Corot. Après 1866, il se laisse séduire par le réalisme de Courbet, forgeant un réalisme novateur, et échange avec Cézanne et Gauguin. Pissarro excelle dans la peinture de paysage. Si Monet et Renoir s'adonnent aux reflets de l'eau, Pissarro préfère les paysages ruraux, chérissant la terre et les paysans. À partir de 1870, il s'installe à Pontoise, en banlieue parisienne, pour explorer de nouveaux horizons paysagers. Fasciné en 1879 par la théorie pointilliste de Seurat, il libère audacieusement sa sensibilité par le pointillisme. Ces œuvres ne reçoivent pas alors un accueil favorable ; ce n'est qu'en 1890 qu'il abandonne le pointillisme pour une création plus diversifiée. Cette œuvre, La moisson à Montfoucault, est l'un des chefs-d'œuvre les plus impressionnistes de Pissarro, représentant avec audace la scène de la moisson sous un ciel dégagé. Le paysage lumineux est divisé en deux : la partie supérieure montre un ciel bleu parsemé de nuages blancs, baigné d'un soleil éclatant ; la partie inférieure présente un paysage naturel et sinueux, où un arbre majestueux traverse l'horizon, reliant la terre au ciel. Quelques gerbes de paille jaune clair sont disposées çà et là, tandis qu'un paysan tenant des épis de blé avance vers le spectateur. Au loin, à gauche, quelques autres paysans moissonnent, esquissés par des touches vigoureuses et expressives. Dans une atmosphère réaliste sensible, aux touches généreuses et aux tons chauds, se dessinent une lumière éblouissante, une air frais et une nature radieuse, créant une poésie hors du commun.