Chen Chi-Hsiang (Titien) - Exposition personnelle « Rendez-vous avec le miroir » : Communiqué de presse - Galerie GABA, Paris







Texte - Alexandra Chevallier
Images - Chen Chi-Hsiang (Titien)
Date : 12 mars - 30 mars 2024
Heures : Mardi au samedi, 11h - 19h
Adresse : 15 Rue Guenegaud 75006 Paris
« Rendez-vous avec le miroir » est une invitation à franchir le seuil de ce que vous pensez voir et savoir.
Depuis plus de vingt ans, Chen Chi-Hsiang concentre son œuvre sur les effets du miroir à travers deux séries majeures : « Série Jeu du Miroir » et « Série Jeu du ombre ». Imprégnant largement sa pratique artistique de la philosophie du yin et du yang issue du taoïsme, il fusionne les cultures asiatique et occidentale. « Série Jeu du ombre » (« Miroir sans phase », sans distorsion optique) est une métaphore qui tente d'explorer le mystère de l'existence. L'artiste cultive une fascination pour l'expression des phénomènes entourant le double et la dualité, la pensée de la dualité formant un tout inséparable. Au fil des ans, l'ère numérique a poussé sa réflexion sur la temporalité, l'idée du « ici et maintenant ».
L'artiste Chen Chi-Hsiang présentera pour sa première exposition personnelle à la galerie GABA l'intégralité de ses œuvres créées au cours des deux dernières années. Deux œuvres de 2010, « Série Jeu du Miroir - Rêve dans un rêve », sont exposées comme une entrée dans cette nouvelle série, reflétant également une évolution stylistique radicale, marquant une rupture avec le premier style d'œuvres. Aucun ordinateur ou logiciel n'est utilisé ; seul le cerveau et la main de l'homme sont mobilisés pour fonctionner dans un état de méditation profonde.
Dans ces nouvelles « Série Jeu du ombre », Chen Chi-Hsiang passe par des séries de natures mortes et de figures.
L'ère numérique a révolutionné nos comportements et nos croyances. Un nouvel ordre sacré répond aux noms de Google ou d'IA (intelligence artificielle). L'humanité ne croit plus en Dieu mais se fie à cette entité omnipotente et omnisciente, dont l'œil est partout, qui sait tout de nous, nous surveille et guide nos actions. Que faire de la célèbre phrase de l'écrivain britannique George Orwell qui résonne inévitablement dans nos esprits : « Big Brother vous regarde » (« 1984 », 1949)… ? Mais ce serait trop simple.
Internet est comme un miracle, offrant à l'humanité la possibilité de l'universalité, de l'éternité et de l'intégralité. Un vaste et irrésistible nouveau monde s'est ainsi tissé. Cette soif de savoir a amené le maître Google à se transformer progressivement en un usage quotidien et servile, nous faisant perdre notre capacité de contrôle et de pensée indépendante. Ce kaléidoscope virtuel façonne notre mode de vie fragmenté. La vie magique, pleine de mystère et de spiritualité, est aplatie et contenue entre les chiffres 0 et 1. L'humain est réduit à un chiffre par son identité numérique. Ce monde apparemment infini nous est fermé. Les programmes d'extase nous éloignent de la quête du bonheur. La réalité virtuelle semble plus réelle que la réalité elle-même, prenant la forme d'un simulacre de discours évangélique.
Rendez-vous avec le miroir « L'œil ne voit pas les choses, mais les figures des choses qui en représentent d'autres » Italo Calvino, « Les villes invisibles », 2002
L'imagination de perspectives infinies est une source d'inspiration pour l'artiste, révélant un nouveau monde très attractif. Dans cette nouvelle série, les œuvres imprègnent les symboles et les métaphores ; les images constituent un nouveau vocabulaire poétique visuel, avec des formes subjectives où la couleur façonne la composition.
Ces natures mortes soulignent la symptomatique de la numérisation mentionnée précédemment.
La présence de symboles numériques de reconnaissance faciale, des sphères colorées se référant à la conscience spirituelle et un espace-temps métaphysique annoncent un danger imminent. Des forces antagonistes sont ici représentées et entrelacées. Un troisième œil, ouvrant le champ de la perception et de la pensée, est situé sur des scènes géométriques colorées. Plusieurs réalités entrent en collision. Le monde réel ? Le monde imaginaire ? Le monde numérique ? La scène dramatique poussée à la vanité submerge l'hypothèse de la vie humaine réelle dans ce monde virtuel.
Les figures sont l'incarnation de la propre conscience du peintre, qui les utilise pour convoquer le spectateur et révéler la condition humaine.
Elles apparaissent sur scène comme des acteurs de théâtre tendant vers une expressivité humoristique. Elles sont presque toutes à trois têtes et six bras, métaphore de l'omnipotence humaine. Ces figures sont l'incarnation d'une société du spectacle pleine de tromperies et de mensonges, le déguisement servant à nous leurrer et nous éloigner d'une existence de vérité et de bonheur.