E. Delacroix - La Liberté guidant le peuple
La Liberté guidant le peuple, 325 x 260 cm, huile sur toile, 1830, Musée du Louvre. Eugène Delacroix (1798-1863) est le peintre romantique français par excellence.

La Liberté guidant le peuple, 325 x 260 cm, huile sur toile, 1830, Musée du Louvre. Eugène Delacroix (1798-1863) est le peintre romantique français par excellence ; il a très tôt validé la forme picturale des grandes compositions. À partir de 1828, il rejette complètement la tradition néoclassique et, dans ses thèmes modernistes et exotiques, il expose ces portraits et images historiques à travers une couleur réaliste et sensible. Une ombre de violence, de plaisir, de passion et de tragédie mortelle traverse généralement ses œuvres.
Ce grand œuvre pour la liberté et la démocratie, La Liberté guidant le peuple, s'inspire de l'insurrection parisienne des 27, 28 et 29 juillet 1830 contre la dynastie des Bourbons restaurée. L'insurrection fut rapidement réprimée, menant au pouvoir du dernier roi de France, Louis-Philippe. L'esprit de liberté se manifeste à travers cette déesse de la Liberté qui mène le peuple en insurrection. Dans cette nouvelle ère, les artistes ne restent plus silencieux ni hésitants face aux luttes sociales ; ils ne sont plus les porte-parole du régime. Animé par un esprit révolutionnaire, Delacroix s'investit pleinement dans sa création concrète. À travers une couleur forte et fluide (ici, Delacroix utilise particulièrement les trois couleurs du drapeau français : rouge, blanc et bleu), il incarne ces guerriers héroïques combattant pour la liberté.
Dans la composition pyramidale la plus stable, la grande déesse de la Liberté brandit son étendard sacré, suivie par des ouvriers et étudiants passionnés, traversant la fumée, franchissant les corps sans vie, tandis qu'un petit garçon agite fièrement son pistolet. Le jeune étudiant vigoureux, coiffé d'un haut-de-forme et tenant une lance à gauche, est Delacroix lui-même, prouvant qu'il était aussi un révolutionnaire ayant participé à l'insurrection de 1830. Pourtant, ces guerriers vivants et passionnés forment un contraste violent entre verticalité et horizontalité, statisme et dynamisme, avec les corps inertes gisant horizontalement ou verticalement.
Si nous comparons cette œuvre de Delacroix au drame « Radeau de la Méduse » de Géricault, nous constatons que le rythme de La Liberté guidant le peuple est stable et vertical, son sommet étant la déesse de la Liberté s'élançant vers le spectateur. Le rythme du « Radeau de la Méduse » est incliné, son sommet étant le cri du Noir agitant un drapeau dos au spectateur. Ces deux œuvres explorent également les conditions sociales humaines et possèdent une conscience politique et sociale. Devenue le symbole des combats pour la liberté, cette œuvre de Delacroix figurait sur les billets de cent francs, dont nous n'ignorons pas l'existence.