Evi Keller – Exposition personnelle « Matière-Lumière »
Evi Keller dans son atelier





Texte et photos / Chen Chi-Hsiang | Dates : 31 mai au 18 juillet | Lieu : Galerie Jeanne Bucher
La fin de l’obscurité marque le début de la lumière. La lumière est omniprésente, se cachant aussi dans la matière sombre ; elle émane des profondeurs de l’univers, source de toute vie sur Terre. Dans l’art — peinture, sculpture, photographie ou vidéo — elle révèle les lumières intérieure et extérieure. Toute matière entretient une relation indissociable avec elle, devenant un élément fondamental de la création artistique, à la fois matériel et spirituel. Une lumière mystérieuse est partout, subtile même dans l’ombre ou l’obscurité totale ; comme lorsque l’on ferme les yeux, elle provient alors d’une profondeur intérieure mystérieuse.
J’ai découvert l’artiste Evi Keller l’an dernier lors d’une visite de galeries, dans une chapelle du Marais où elle participait à une exposition hors les murs de YIA Art Fair. Son approche « Matière-Lumière » m’a fasciné et stimulé ; je n’avais plus ressenti une telle intensité. Échangeant avec elle sur l’art et ses œuvres, j’ai été touchée par sa passion et sa réflexion, laissant une impression profonde. Ce mois-ci, en flânant dans les galeries comme pour arpenter mes terres, j’ai eu la surprise de voir son exposition personnelle chez la vieille galerie Jeanne Bucher, toujours dans le Marais. En entrant, j’ai croisé l’artiste elle-même, ravie de retrouver cette sublime lumière matérielle et mystérieuse, issue d’une conscience profonde.
Les matériaux de création d’Evi sont simples et particuliers : des feuilles de plastique transparent. Elle applique des couches de peinture transparente sur ce matériau translucide jusqu’à atteindre un sentiment intérieur. Soudain, sous l’éclairage extérieur, une nature profonde et intérieure se révèle. Les variations lumineuses modulent les tons, faisant de la lumière un rythme musical qui danse selon l’environnement. Ainsi, la matière devient lumière, incarnant une forme nouvelle, poétique et singulière. Ses images oniriques évoquent parfois paysages naturels, végétation, minéraux ou figures humaines, naviguant entre image mentale, imaginaire, abstraction, temps et espace, intérieur et extérieur, perception et conscience, infini et infime. Présentées suspendues, accrochées aux murs ou encadrées, ses œuvres s’inscrivent entre peinture, sculpture et objet.
Une autre œuvre vidéo intitulée Towards the Light-Silent Transformations (« Vers la lumière-transformation silencieuse ») est projetée directement sur des écrans superposés et sur les matières plastiques « Matière-Lumière ». Le spectateur poursuit son voyage vers la lumière ; dans l’obscurité nocturne, tout disparaît, comme plongé dans la matière noire de l’univers, ressentant un volume magique. Comme l’écrit Zeno Bianu : « … enfin les yeux fermés, dans l’obscurité absolue, purification temporaire… » (Note). Lentement, guidé par une musique légère, le paysage traverse l’obscurité pour accueillir la clarté. La lumière du soleil, irréelle et onirique, pénètre dans la forêt autour du lac, baignant le champ lumineux d’illusions aquatiques. Les nuances de lumière noir et blanc évoluent tel un tableau abstrait, confrontant le réel à un volume poétique et spirituel. De nouvelles vibrations émergent dans la forme spatiale. La lumière danse au rythme de la musique, exprimant état mental et conscience, fusionnant forme et nature, jusqu’à ce que l’image entière soit imprégnée de lumière, révélant les mystères de l’existence entre perception et imagination, visible et invisible, expressif et mystique.
Note : Extrait du communiqué de presse de l’exposition personnelle d’Evi Keller « Matière-Lumière ».