{{front-34-image-165551.jpeg}} {{front-34-image-165547.jpeg}} {{front-34-image-165569.jpeg}} {{front-34-image-165515.jpeg}} (Fig. 1) La Secrétaire d'État aux droits de l'homme, Rama Yade, d'origine africaine, attire le regard. (Fig. 2) Fadela Amara, nommée à l'improviste Secrétaire d'État chargée de la politique urbaine au ministère de la Ville et du Logement, est la figure la plus marquante de ce cabinet. (Fig. 3) Valerie Pecresse, jeune et prometteuse, est ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. (Fig. 4) Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie et du Développement durable, rayonne de satisfaction. Toutes les photos proviennent de www.20minutes.fr.

L'Assemblée nationale française vient d'être élue. Le nouveau gouvernement de Francois Fillon a procédé à un ajustement mineur des membres du cabinet après la démission d'Alain Juppe, ministre de l'Écologie et du Développement durable. Ce dernier, deuxième personnage du gouvernement et vice-premier ministre, a été remplacé par Jean-Louis Borloo, récemment nommé ministre de l'Économie et des Finances. Christine Lagarde, ancienne ministre de l'Agriculture et de la Pêche, devient la première femme ministre de l'Économie et des Finances ; elle supervisera les réformes économiques promises par le Président, incluant la réduction des impôts et la libéralisation du marché du travail. Michel Barnier (56 ans), ancien ministre des Affaires étrangères et actuel commissaire européen, est nommé ministre de l'Agriculture et de la Pêche. Le reste du cabinet demeure inchangé.

Le nombre de secrétaires d'État passe de quatre à seize. Les nominations soulignent non seulement l'égalité hommes-femmes, mais aussi l'ouverture à des personnalités issues de différents partis politiques et d'associations civiles, tout en promettant une diversité ethnique. Il s'agit de convaincre que le gouvernement rassemble des élites sociales et des experts, plutôt que d'être une nomination monopolisée par un seul parti. La plupart des nouveaux secrétaires d'État appartiennent à une nouvelle génération jeune et prometteuse : Laurent Wauquiez (32 ans), porte-parole du gouvernement ; Valerie Letard (44 ans), ex-sénatrice de l'UDF, secrétaire d'État chargée de la solidarité sociale auprès du ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité ; Nathalie Kosciusko-Morizet (34 ans), proche de l'ancien président Chirac, secrétaire d'État chargée de l'environnement auprès du ministre de l'Écologie ; Christian Estrosi (51 ans), proche du président actuel, secrétaire d'État chargé des territoires d'outre-mer auprès du ministère de l'Intérieur ; Andre Santini (68 ans), important maire et député de l'UDF, secrétaire d'État chargé des affaires publiques auprès du ministère de l'Économie et des Finances ; Jean-Marie Bockel (57 ans), maire et sénateur du Parti socialiste, symbole de l'ouverture du gouvernement Fillon, secrétaire d'État chargé des pays francophones et de la coopération auprès du ministère des Affaires étrangères ; Herve Novelli (58 ans), secrétaire d'État chargé des affaires commerciales et des entreprises auprès du ministère de l'Économie et des Finances.

Parmi les nominations les plus spectaculaires figure Fadela Amara (43 ans). Issue de l'association célèbre « Ni putes ni soumises » défendant les femmes des banlieues, elle est nommée à l'improviste Secrétaire d'État chargée de la politique urbaine, devenant la figure la plus marquante du cabinet et le symbole d'une politique ouverte et multiculturelle. Alain Marleix (61 ans) est secrétaire d'État chargé des familles militaires auprès du ministère de la Défense. L'autre figure attrayante et jeune de cette nouvelle équipe est Rama Yade (30 ans), d'origine africaine (sénégalaise). Diplômée de l'École nationale d'administration et fonctionnaire au Sénat, elle est nommée Secrétaire d'État aux droits de l'homme (auprès du ministère des Affaires étrangères), brisant ainsi la monochromie historique du système politique français. Bien sûr, cela fait suite à la nomination d'un ministre issu de la Côte d'Ivoire, Felix Houphuet-Boigny, événement qui a surpris le public. Luc Chatel (42 ans) est secrétaire d'État chargé de la consommation et du tourisme auprès du ministère de l'Économie et des Finances. Une autre surprise est la nomination de Bernard Laporte (42 ans), entraîneur de l'équipe de France de rugby et ami du Président Sarkozy, comme secrétaire d'État chargé des Sports et de la Jeunesse. En raison de la Coupe du monde de rugby qui se tiendra à Paris mi-septembre, il ne prendra ses fonctions qu'après la fin du tournoi. Comme l'a plaisamment écrit la journaliste du Washington Post Molly Moore dans un article spécial, le slogan de la Révolution française « Liberté, Égalité, Fraternité » semble devenir rapidement « Liberté, Égalité, Diversité ».

Le nouveau gouvernement compte 32 membres, dont 11 femmes. Il est rajeuni, avec une moyenne d'âge autour de 50 ans ; treize membres ont moins de 50 ans. Rama Yade est la plus jeune avec 30 ans, suivie par le porte-parole du gouvernement Laurent Wauquiez. On peut voir dans ce nouveau cabinet la vision stratégique et le sens de l'histoire du nouveau Président Sarkozy, ainsi que la considération pragmatique du gouvernement Fillon pour réformer le système politique traditionnel français et ouvrir une nouvelle ère politique. En rassemblant les élites de gauche et de droite, il vise à surmonter la division française afin de consolider les vastes réformes intérieures et extérieures.

Il est évident que les députés sont monochromes ; il est difficile d'y voir d'autres couleurs (que dire des députés des territoires d'outre-mer ?). Surtout parmi les députés d'origine africaine, arabe ou asiatique, on peut sérieusement questionner la représentativité ethnique réelle de ce parlement, surtout en comparaison avec l'équipe nationale de football française. Que symbolisent ces contrastes ? Il n'est pas difficile de comprendre si l'on fait preuve de bon sens. Heureusement, le nouveau cabinet multiculturel comprend Rachida Dati, ministre de la Justice, issue d'une famille originaire de l'Algérie coloniale, ainsi que deux secrétaires d'État arabes (Fadela Amara) et africaines (Rama Yade). Espérons qu'elles ne soient pas de simples figurines dans le système politique français. Leur présence rendra le paysage politique plus coloré (la monochromie étouffe). Sinon, la France, fière de ne pratiquer aucune discrimination raciale, verrait son image mise à mal. Cette élection législative a enfin permis l'élection de plus de cent femmes députées. Comparée aux parlements d'autres pays européens, la France accuse un retard certain en matière d'égalité politique hommes-femmes, ce qui nécessite encore des efforts.