Réunion de famille, 152×230 cm, huile sur toile, 1867. Musée d'Orsay, Paris. Bazille (Frédéric, 1841-1870) est l'un des fondateurs de l'impressionnisme français. Issu de la haute société (famille de banquiers), il s'intéressa dès sa jeunesse aux œuvres de Delacroix et de Courbet, faisant preuve d'une solide culture humaniste. Bien qu'il ait étudié la médecine conformément au souhait de son père, il se rendit à Paris en 1862 pour se tourner vers les arts plastiques. À l'image d'Hysaire, il intégra l'atelier de Charles Gleyre à l'École des Beaux-Arts de Paris, où il rencontra Monet, Hysaire et Renoir, formant avec eux le noyau dur du mouvement impressionniste. Brillant, Bazille fut influencé par l'École de Barbizon dans ses premières années avant de passer à la peinture en plein air. Il a posé pour Monet ; celui qui porte un grand chapeau dans Le Déjeuner sur l'herbe n'est autre que lui. Il fut également l'un des premiers mécènes de Monet et un pionnier de la grande composition paysagère en extérieur. Il mourut lors d'une bataille de la guerre franco-prussienne en 1870, privant ainsi l'impressionnisme d'un artiste polyvalent dont la mémoire a presque été effacée.

Réunion de famille est l'œuvre la plus aboutie et la plus réussie de Bazille (il n'avait alors que 26 ans ; on peut imaginer ce qu'il aurait pu accomplir, hélas mort trop jeune). Sous un ciel d'après-midi limpide, la famille se retrouve sous l'ombre d'un grand arbre sur la terrasse arrière, face au ciel clair du sud de la France et à un paysage extérieur apaisant (qui semble être un décor). Grâce à ses couleurs contrastées et à la dramaturgie des personnages, aux postures rythmées et aux formes distinctes, la scène dégage une fluidité naturelle et une atmosphère intime. Les femmes élégamment vêtues y affichent une discrète élégance, tandis que les hommes paraissent plus sérieux. De gauche à droite, on reconnaît le peintre lui-même, son oncle Hours, sa mère et son père, sa cousine Prun et son mari Tyrone, sa cousine Thérèse et son frère Marc, ainsi que sa belle-sœur et son neveu Camille, tous réunis pour cette heureuse assemblée familiale qui restitue les codes et les structures relationnelles de la bourgeoisie de l'époque. Dans le réalisme maîtrisé de Bazille, opposé à ses couleurs contrastées et à sa composition rigoureuse, cette œuvre figure parmi les portraits de groupe les plus représentatifs et les plus dramatiques de l'impressionnisme.