L'ouvrier qui rabote le parquet, 100×145 cm, huile sur toile, 1875, Musée d'Orsay, Paris. Gustave Gaillebotte (1848-1894) est l'impressionniste le plus proche du réalisme. Ses œuvres sont comme des clichés pris au travers d'un objectif de caméra. Issu de la haute société, il fut un soutien, collectionneur et mécène de l'impressionnisme, mais aussi l'un des artistes les moins connus du groupe, ne recevant sa reconnaissance qu'après un siècle.

Après des études de droit, il devint ingénieur naval. Passionné par les arts, il entra en 1872 dans l'atelier de Leon Bonnat, célèbre portraitiste, puis intégra l'École des Beaux-Arts de Paris en 1873. En 1874, à la première exposition impressionniste, il rencontra Degas et adopta de nouvelles conceptions artistiques. Il développa un style réaliste unique ; cette œuvre, peinte après avoir visité l'exposition, s'inscrit dans une série sur la vie parisienne. Progressivement libéré des influences traditionnelles sous l'effet de ses amis impressionnistes, son travail se rapprocha de celui de Monet et Renoir vers 1880.

À partir de 1876, il commença à collectionner les œuvres de ses amis impressionnistes et finança la troisième exposition impressionniste. Avant sa mort en 1894, il légua tout son fonds et ses œuvres à l'État français.

« L'ouvrier qui rabote le parquet », aux côtés des Canuts de Daumier et des Repasseses de Degas, incarne le réalisme social. Son inspiration vient de la rénovation des sols de sa propre maison. Cette toile, réalisée sur la base de photographies, capture un instantané. Trois ouvriers, dos nu et contre-jour, sont agenouillés, penchés sur leur tâche. Leurs bras puissants semblent disproportionnés par rapport à leurs torsos selon la perspective. Les lignes créées par le rabot et celles qui s'estompent en arrière-plan renforcent la profondeur spatiale, animant toute la composition. Le spectateur semble entendre le rythme du travail, ressentant une forte immersion : n'est-ce pas là l'ancêtre du photoréalisme des années 1870 ?