« L'Envieux », 385×343 cm, 1852-1882, Musée Gustave Moreau. Cette œuvre spectaculaire s'inspire de « Le Romain déchu » de Couture. Le peintre y déploie une « épopée du massacre » des plus imaginatives, dans un ton lyrique et romantique. Dans ce palais somptueux se joue un massacre romantique où l'on ne voit pas le sang couler, mais seulement des corps masculins aux courbes élégantes. Au centre, la déesse Athéna, étincelante d'or, apparaît au milieu de la foule et guide Ulysse à l'intérieur du temple, sur la droite.

Outre cette œuvre remarquable, « Les Filles de Tibère » est pleine de mystère et s'inspire de « Les Thermes publics » de Chasseliot. Il y décrit le mythe selon lequel Hercule, roi des dieux, réunit les cinquante filles jeunes et belles du roi Tibère en pleine nuit. Dans le temple (une immense chambre nuptiale), centré par Hercule, sont entourées de jeunes filles romantiques ; dans la cour avant, un bassin exotique est couvert de plantes et de lotus. Toute la scène est ornée de symboles sexuels : soleil, lune, taureau et Diane ou plantes aquatiques ajoutent à ce charme mystérieux.

« La Fleur mystique ». Dans ces montagnes désertes et ces paysages rocailleux sans fin, la Vierge Marie apparaît sur un grand lis, tenant une lourde croix dans sa main gauche, chargée de symbolisme religieux. Sous les rochers, les êtres souffrants expriment une douleur extrême. Moreau semble suggérer que seule la foi en la Vierge peut sauver. La structure pyramidale de l'œuvre exprime le sentiment religieux le plus profond du peintre.

« Jupiter et Sémélé ». Avec un point de vue mythologique imaginaire, elle décrit comment la jeune et belle Sémélé tombe amoureuse de Jupiter, roi des dieux, et lui demande de lui montrer toute sa puissance. Subitement, elle est stupéfaite par ce changement soudain de visage, et Dionysos (le dieu du vin) naît. Jupiter, saintement assis sur son trône, tient Sémélé dans ses bras. Autour, le temple sombre abrite des démons et des plantes fantastiques ; sous le trône, des humains inquiets et un aigle noir aux ailes déployées ; devant, un homme hybride assis, avec un ange à chaque côté. Tout en bas, au cœur de la nuit, des démons se réunissent tandis qu'une déesse de la nuit reste bouche bée. Dans l'imagerie la plus riche du peintre, son monde mythologique le plus dramatique se révèle.

« La Licorne ». Cette œuvre fascinante s'inspire des tapisseries « La Dame et la Licorne » du musée de Cluny à Paris. Moreau y représente des vierges accompagnant ces licornes dociles. Selon la légende médiévale, seule la vierge pouvait approcher et caresser ces animaux imaginaires.

Toutes ces œuvres sont conservées au Musée Gustave Moreau à Paris ; il est possible de s'y rendre pour ressentir l'atmosphère de la création et de la vie de Moreau ainsi que ses chefs-d'œuvre.