L'artiste chinois Huang Yong Ping – « Empire », une grande exposition commémorative de 2016
En entrant dans le lieu d'exposition, on se heurte à un mur de conteneurs empilés en montagne.









Texte et photos / Chen Chi-Hsiang Lieu : Grand Palais, Paris Dates : 8 mai - 18 juin
La grande exposition biennale (auparavant annuelle) « Monumenta » est l'une des plus prestigieuses expositions d'art contemporain de Paris ou de France. Elle se tient chaque fois dans les vastes espaces du Grand Palais, vitrine mondiale de la France, occupant 13 500 mètres carrés sous une verrière transparente haute de 35 mètres, constituant actuellement le plus grand et le plus beau lieu d'exposition artistique au monde. Lancée en 2007, cette édition voit intervenir le septième artiste, Huang Yong Ping, premier artiste chinois résidant à Paris. Toutes les œuvres présentées ont été conçues sur mesure pour cet espace.
Né à Xiamen en 1954, Huang Yong Ping arrive à Paris en 1989 pour participer à l'exposition « Les Magiciens de la Terre ». Coïncidant avec les événements de Tiananmen, il ne peut rentrer chez lui et s'exile définitivement à Paris. Il a représenté la France aux Biennales de Venise et d'Italie. Figure centrale du groupe d'avant-garde dadaïste radical de Xiamen, son parcours fait partie intégrante de celle qui devient une génération d'artistes clés. Ils perpétuent l'esprit pionnier de l'avant-garde, allant de l'avant avec la conviction que « Dada est Zen, Zen est Dada », construisant leurs possibles sur l'absurdité zen. Frustré par l'impossibilité d'exprimer pleinement ses ambitions en Chine, il trouve en France l'opportunité de déployer son talent.
Ses premières stratégies créatives reposaient sur les signes culturels chinois, transformant ou détournant leurs vocabulaires visuels. Ainsi, lors de « Les Magiciens de la Terre », il avait construit une tombe ancestrale minnan en pâte de papier ; à la Biennale de Venise, il présentait des chars impériaux, des objets religieux et des légendes mythologiques (comme le serpent marin). Ces vingt-cinq années d'exploration s'ancrent dans les thèmes religieux, conflictuels, économiques et naturels de notre époque, souvent mis en résonance avec des allégories philosophiques.
Le thème de cette année pour « Monumenta » est « Empire ». Le mot empire désigne l'empire, la souveraineté, la domination, l'autorité, le prestige, etc., évoquant la domination humaine : qui domine qui ? Qui obtient le pouvoir ou l'argent pour exercer l'autorité nécessaire à la domination, voire à la règle ? L'histoire est le produit des empires autoritaires. L'exposition « Empire », d'une imagination débridée, propose un dispositif spatial monumental et dramatique. En entrant, on se heurte à un mur de conteneurs empilés comme des montagnes. Heureusement, pas de poussière ni de saleté. Après avoir tourné autour d'une colline, on accède à un domaine magique et éthéré.
L'exposition regorge de piles de conteneurs de hauteurs variées. Ceux-ci ne sont pas seulement des formes et des matières colorées, mais aussi des symboles économiques de la circulation globale, du transport et des échanges, ainsi que des signes de l'accumulation de richesses. Les conteneurs, marqués de diverses langues, illustrent la situation actuelle de l'économie et de la culture mondialisées.
Les huit amas de conteneurs multicolores du Grand Palais évoquent huit montagnes. Au centre, un conteneur suspendu par une grue transforme ingénieusement un outil en élément paysager. L'inscription chinoise « Attention, danger d'électrocution » cache-t-elle un sens caché ? Deux rangées de conteneurs exposent un « chapeau noir de Napoléon » (symbolisant-il une position transculturelle ?), formant une arche de triomphe sous laquelle le public passe. Au-dessus, un immense squelette de serpent marin argenté, longue de plusieurs kilomètres, serpente dans tout le lieu, offrant un espace imaginaire et créant un paysage fantastique unique. Sans la palette multicolore des conteneurs, l'exposition serait presque monochrome. Ces huit montagnes structurent un espace où les chemins se croisent et se divisent.
Le serpent marin symbolise le mal invisible ; le chapeau noir de Napoléon incarne le pouvoir absolu. La domination et la règle sont des entreprises ou des ambitions machiavéliques, qu'elles émanent des États ou des individus. On peut supposer que l'artiste cherche à dévoiler les pouvoirs absolus actuels dans les domaines politique, industriel, militaire, médiatique, monétaire et financier. Dans ce monde avide de pouvoir et d'argent, l'absolu du pouvoir engendre également l'absolu de la corruption. Ne sommes-nous pas face au destin inéluctable de l'histoire et de l'humanité ?