Ingres - Le Bain turc
Le Bain turc, diamètre 108 cm, huile sur toile, 1859-1863, Musée du Louvre. Ingres (1780-1867), maître néoclassique et romantique, élève de David, voyagea en Italie où il découvrit Raphaël.

Le Bain turc, diamètre 108 cm, huile sur toile, 1859-1863, Musée du Louvre. Ingres (1780-1867) est le peintre le plus représentatif du XIXe siècle, actif dans le néoclassicisme et le romantisme. Élève de David, il voyagea plusieurs fois en Italie, y découvrit Raphaël et décida de devenir peintre d'histoire. Ses œuvres, dans un réalisme classique idéalisé, renforcent leur forme parfaite par une simplification et une déformation. On y voit souvent des nus sensuels, rendus avec une vivacité remarquable, issues de croquis raffinés. Ingres a peint de nombreux nus tout au long de sa vie ; les Grandes Baigneuses précoces et les Petites Baigneuses ultérieures entretiennent un lien de continuité avec cette œuvre. Après de longues années de recherche approfondie, l'apogée esthétique de sa vie s'exprime dans le Bain turc (réalisé à 84 ans, chef-d'œuvre tardif). Dans cette œuvre intime et détendue, on retrouve la cohérence d'Ingres, préservant une sensibilité fraîche et exceptionnelle, explorant l'espace profond et l'image parfaite, tel un miroir audacieux et étourdissant. Des baigneuses aux postures gracieuses exhibent leurs corps sensuels dans un espace vaste et lumineux. Leurs courbes variées, leurs seins pleins, leur peau douce et leurs visages venus de Vénus classique sont mises en valeur. Cependant, dans cette composition circulaire complexe, formée de deux demi-cercles avant et arrière, le premier plan montre une musicienne de dos, coiffée d'un foulard (issue des Grandes Baigneuses), assise et jouant de la musique. À côté, une nue au visage rond est allongée, la tête posée sur un coussin floral, ornée de bijoux scintillants, les mains croisées sur la tête, regardant le spectateur avec sensualité. Sur le côté, une autre baigneuse se blottit affectueusement tandis qu'une troisième joue avec ses cheveux. En arrière-plan, un grand groupe de baigneuses, assises, couchées, debout ou marchant, animées par un rythme ondulant, regorgent de vitalité. Deux femmes noires, dont la peau sombre contraste avec les corps blancs et sensuels des autres, attirent l'attention. Les détails minutieux — théières, porcelaine colorée, bijoux, foulards, velours, coussins — révèlent la profondeur artistique d'Ingres. L'inspiration vient des lettres de Lady Montagu décrivant le Bain turc à Constantinople : près de 200 baigneuses nues mais sans vulgarité, reposant sur des tapis et coussins luxueux. Initialement carrée et conservée par le prince Napoléon, l'œuvre fut modifiée en cercle par Ingres après que son épouse eut jugé le sujet indécent, puis vendue à l'ambassadeur turc. C'est l'origine de cette version circulaire. D'autres chefs-d'œuvre néoclassiques d'Ingres incluent les Grandes Baigneuses et la célèbre Esclave turque. Au milieu du XIXe siècle, le néoclassicisme devint le modèle académique.