« Femmes tahitiennes sur la plage », 69×90 cm, 1891, Musée d'Orsay, Paris. Après une violente dispute avec Van Gogh et des conflits avec son ami peintre Bonnard à Pont-Aven en Bretagne, Gauguin, humilié, éprouva le désir de fuir vers un Eden primitif. Sur les conseils de Madame Roux, il décida de quitter le monde civilisé pour traverser l'océan et atteindre cette terre pure qu'est Tahiti. Le paradis est toujours ailleurs ; l'art et la vie de Gauguin y trouvèrent enfin une renaissance, défrichant ici un horizon artistique moderne et une vision du monde sans précédent.

L'arrivée à Tahiti insuffla à Gauguin une vitalité inouïe, libérant sous une sensualité débordante ses couleurs les plus passionnées et ses formes expressives. Cette œuvre fait partie de sa série tahitienne initiale. Dans sa quête de l'essence primitive, elle représente des femmes vêtues de costumes traditionnels, assises sur la plage : l'une fait face au spectateur, l'autre s'enfonce dans l'espace pictural. Leur corps trapu et leurs bras vigoureux créent la profondeur de la composition.

Les aplats de couleur nets, jouant sur les contrastes lumineux, rendent poétiquement une atmosphère de paradis primitif intemporel. Comme l'écrivait Gauguin : « Pour nos sens, la couleur est en soi un mystère, tout est merveilleux ».