« Ta Matete (Marché) », 73×92 cm, 1892, Musée des Beaux-Arts de Bâle. Cette toile est la plus audacieuse et la plus plate de l'œuvre de Gauguin : les formes sont réduites à des surfaces colorées planes, sans volume, en profils stylisés, mêlant pureté, réalité et imagination décorative, rappelant ainsi les figures des fresques égyptiennes anciennes. Le tableau met en scène cinq jeunes femmes tahitiennes assises sur un long banc, toutes de profil, engagées dans une conversation rythmée par leurs silhouettes, couleurs, postures et gestes. La discussion s'étend vers la droite jusqu'à une femme vêtue d'une robe rouge et jaune aux motifs peints (indiquant l'espace hors cadre), tandis que deux pêcheurs portant leurs filets en arrière-plan suggèrent le marché bruyant, le tout entouré d'une nature primitive verdoyante. Dans ce langage radical et pur — dialogues archaïques, larges aplats décoratifs et structure musicale rigoureuse — Gauguin cherche à explorer la véritable essence du primitivisme. À propos de cette peinture musicale, il écrit : « Pensant de même à la fonction musicale, la couleur est appelée à jouer son rôle dans la peinture moderne ». Ce concept de peinture musicale influencera directement Klee, Kandinsky et Klee au XXe siècle.