Le Beau est partout, mais n'a rien à voir avec l'art
Un « abri » qui permet au corps fatigué de se reposer, sans lien avec l'art.

La vie se débat toujours dans la ville. La vie parisienne ne se limite pas à la forêt de béton ; elle s'étend aussi aux arts prétendument civilisés : musées, galeries, centres d'art contemporain, et même les graffitis sur les murs en périphérie. On y voit tout ce que la métropole peut exhiber, toutes les possibilités du regard. Qu'il s'agisse d'art contemporain, moderne ou ancien, oriental ou occidental, d'avant-garde ou d'antiquités civilisées, tout est à portée de vue si l'on souhaite le voir. L'art réside-t-il uniquement dans ces institutions ? Et ailleurs ? Est-ce encore de l'art ? Dans la vie quotidienne, ce qui suscite la curiosité ou un regard différent peut-il être qualifié d'« art », qu'on lui donne un nom ou non ?
À l'ère où le prix remplace la valeur, après la marchandisation, lorsque le marché devient l'indicateur du monde de l'art, la valeur est obscurcie. Ce n'est évidemment pas la faute de l'art. Il n'y a pas d'erreur ici : dans ce capitalisme de libre marché, rien n'est sans prix. L'art est manipulé comme la bourse, pourquoi pas ? Les habiles dominent, les faux-semblants sont inévitables, car l'intention n'est pas celle supposée. Ainsi naissent une multitude d'aristocrates de l'art aveugles, loués à juste titre. Cela ne nuit pas à l'essence de l'art ; ceux qui ont du discernement ne se laissent pas tromper, ils voient clair. Sortir des institutions, aller à la campagne respirer l'air frais, goûter à d'autres contextes, purifier l'esprit, se renouveler, fuir la poussière (ou la ville) pour éviter la contamination.
À la campagne, montagnes et eaux vertes, champs pittoresques, on embrasse la beauté naturelle verdoyante, on savoure le parfum de la terre, on se sent ancré, l'esprit se renouvelle. La simplicité rurale, sans jugements ni perplexités civilisées, est simplement naturelle : travailler au lever du soleil, se reposer au coucher. Rien n'est plus grandiose que la nature ; sous son ciel, le mot « art » devrait être une humble reconnaissance de la civilisation. Que reste-t-il à juger ? Sous le soleil, il n'y a rien de nouveau. Une vie simple, retrouvant la nature humaine.
À la campagne, libéré dans la nature, tout est liberté et beauté. Le soleil, l'air, les choses et paysages beaux sont là (ce n'est pas moins fascinant que l'art). On comprend alors l'« esthétique alternative » du fermier (que nous, citadins civilisés, surestimons). Sur sa parcelle de melon, il construit un « abri » avec ses vieux vêtements et objets récupérés, juste pour se reposer quand il est fatigué, ou pour effrayer les voleurs, pas par souci artistique. Près des arbres à bétel et des potagers, il tisse des sacs plastiques et bouteilles autour d'un cercle pour effrayer les oiseaux. Un motif simple, une création issue d'une vie ancrée : quelle motivation artistique ? Cette forme devient-elle un paysage local « ART » ? À mes yeux, le fermier s'en fiche de votre label « ART ». Est-ce cela notre regard artiste ? Qui se souvient de mon point de vue ? Peut-être une manie des critiques. Je dois encore apprendre l'humilité face à la nature. Cette sortie inattendue m'a montré qui je suis. La créativité est infinie, présente partout. Le beau est partout, mais n'a rien à voir avec l'art : c'est l'énergie vitale suprême de l'humanité.