Exister, c’est mener une vie ordinaire, simple et humble. Chaque jour est un jour : lever et coucher du soleil, riches ou pauvres, travaillant ou non, nous avons tous le même temps qui passe. La vie s’organise selon nos conditions et notre volonté ; chaque jour ressemble à une histoire, la vie à un livre d’histoires. Chacun donne un sens différent à son existence. Un jour ordinaire, c’est vivre avec intégrité ; le volume magique de l’être se construit dans le quotidien.

Dans ces jours ordinaires, on peut organiser son propre espace-temps, s’embrasser soi-même et ressentir un grand bonheur. Tout est un don du ciel, mais aussi une quête personnelle. Un jour où l’on prend conscience de l’existence est un jour élégant. Le temps existe dans l’espace, les jours tournent dans cet espace-temps. Vivons pleinement chaque instant. Les activités quotidiennes écrivent des scènes et des traces pour la vie. Chaque jour est unique, présent dans la conscience et l’inconscience, planifié ou non, il suit le flux conscient. Chaque jour a sa leçon ; entre savoir et ignorer, nous construisons chaque journée. Rome ne s’est pas faite en un jour ; les détails de la vie forment l’énergie et la conscience. Il n’y a pas d’autre moyen. Exister est un don du ciel ; accomplissons-nous pleinement. Chaque jour est un bon jour.

Pour beaucoup, ce dimanche ordinaire n’est pas si ordinaire car c’est le jour de repos hebdomadaire. On ne court plus après la vie, on n’est plus lié par le temps. C’est le moment de bien s’embrasser soi-même, de passer de beaux moments en famille ou avec amis. Ces deux jours de repos deviennent des moments extraordinaires dans la vie des gens. Pour moi, chaque dimanche ordinaire commence tôt, lorsque je vais faire du qigong au bois avec des amis. Pratiquer le qigong dans la forêt est devenu mon rituel dominical depuis des décennies (nous sommes un groupe ayant choisi le qigong plutôt que l’église). S’il ne pleut pas, nous assistons presque tous à ce rituel du « Gong des applaudissements ». Nous baignons dans la forêt, profitons des phytoncides et avançons lentement sur les sentiers forestiers, marchant en méditation silencieuse autour de la forêt pendant environ 90 minutes. Enfin, nous faisons des exercices d’échauffement pour détendre corps et esprit, partageons nos impressions avant de clore le rituel hebdomadaire.

L’après-midi, dans cette heureuse et libre période d’un dimanche ordinaire, sans programme particulier, je vis doucement à Paris. En juin, avant les vacances d’été, chaque quartier organise des marchés aux puces et des liquidations. Ce dimanche-là, notre communauté tenait justement une activité, semblable à une fête communautaire. Avec ma famille, par ce temps doux et ensoleillé, nous flânons sur le marché. Divers objets ménagers et étals variés créent une ambiance exotique dans cette petite bourgeoisie globalisée, particulièrement dans le quartier chinois de Paris. C’est très animé. Nous y croisons voisins et connaissances, échangeons des nouvelles ; c’est aussi un rituel du marché.

Après le marché, profitant de ce beau moment, je me rends rue Tagore. Je me promène dans le jardin Miro, vert et luxuriant, entourant les appartements et le Village des Arts du 13e arrondissement. Bien que petit, le jardin offre un cadre magnifique avec ses plantes et fleurs particulièrement charmantes et son agencement original. C’est un lieu où nous nous promenions souvent. Une statue commémorative du poète indien Tagore y trône ; peut-être y a-t-il vécu, et une rue porte son nom. Le jardin lui-même doit son nom au peintre espagnol Miró. La ruelle près du Village des Arts s’appelle rue Chagall. Cela montre le respect singulier de la France envers les célébrités artistiques. Nul étonnement donc que Paris soit appelée la Cité de l’Art, tant d’artistes y déploient leur énergie et offrent leurs réalisations. Paris est le berceau de la création artistique, enrichi par les artistes.

Sur le chemin du retour, passant devant les immeubles du quartier chinois, je vois sur une place un groupe de chanteurs vietnamiens vêtus de tangas ou de costumes traditionnels vietnamiens, dansant joyeusement et chantant des chansons d’amour vietnamiennes. De loin, on dirait des Vietnamiens ; de près, on découvre qu’il s’agit d’un groupe français de chants lyriques vietnamiens. Quelle surprise ! Est-ce l’effet de la mondialisation ? L’admiration pure suffit à satisfaire la curiosité. Dans cette étonnante découverte, voici Paris, n’est-ce pas ?