La campagne présidentielle française démarre officiellement ce lundi de Pâques (9 avril) au petit matin et se termine vendredi 20 à la nuit tombée. Durant ces douze jours de sprint final, tous les candidats cherchent à gagner la confiance des électeurs et à élargir leur base. À ce jour encore, 30 % des électeurs restent dans l'expectative, indécis (manque de confiance envers les programmes ou positions des candidats, voire désillusion politique...).

À partir du lancement officiel jusqu'au premier tour, on peut voir devant les bureaux de vote des écoles et des institutions publiques les affiches officielles des douze candidats à la présidence ainsi que leurs slogans marquants : N°1 – Olivier Besancenot (LCR), « La valeur de nos vies vaut plus que leurs profits » ; N°2 – Marie-George Buffet (PCF), « Que la gauche reste fidèle à ses valeurs, déterminée à changer la vie quotidienne » ; N°3 – Gérard Schivardi (PT), « Rupture avec l'Union européenne » ; N°4 – François Bayrou (UDF), « La France de toutes nos forces » ; N°5 – José Bové, « Pour une alternative à gauche, un autre avenir est possible » ; N°6 – Dominique Voynet (Les Verts), « La révolution écologique » ; N°7 – Philippe de Villiers (MPF), « La fierté d'être Français » ; N°8 – Ségolène Royal (PS), « La France Présidente » ; N°9 – Frédéric Nihous (CPNT), « La ruralité d'abord » ; N°10 – Jean-Marie Le Pen (FN), « Voter Le Pen » ; N°11 – Arlette Laguiller (LO), « Voter Arlette Laguiller » ; N°12 – Nicolas Sarkozy (UMP), « Ensemble tout devient possible ».

En dehors de cela, sur la télévision publique française et les radios, chaque candidat dispose de trois minutes et demie pour exposer son programme. Ces spots sont diffusés quotidiennement avant le journal télévisé de nuit. Chaque candidat lance sa campagne publique avec des discours brefs et percutants visant directement le cœur des électeurs. Tous les courts métrages de propagande sont accompagnés de sous-titres clairs. Malheureusement, seul le spot de Dominique Voynet (Les Verts) comprend de la langue des signes. Les spots mettent généralement en scène le candidat : Ségolène Royal (PS) sur un fond bleu profond imaginaire ; Nicolas Sarkozy (UMP) sous un ciel poétique aux nuages blancs ; Marie-George Buffet (PCF) dans le rouge traditionnel communiste ; François Bayrou (UDF) et Arlette Laguiller (LO) devant une bibliothèque chargée de livres ; Jean-Marie Le Pen (FN) devant son affiche « Voter Le Pen » ; Dominique Voynet (Les Verts) et Frédéric Nihous (CPNT) en pleine nature forestière ; José Bové apparaît sous forme d'interviews assorties à d'autres interviews de figures anti-libérales ; Olivier Besancenot (LCR) est montré dans des documentaires et interviews le montrant faire du porte-à-porte dans divers milieux sociaux.

Ces courts discours et images ont un impact profond sur les électeurs hésitants, car le média dominant influençant aujourd'hui les élections est la « télévision ».

Le théâtre électoral s'intensifie avec des affrontements virulents. Cette fois, il ne s'agit pas d'une opposition gauche-droite, mais droite contre extrême droite. Jean-Marie Le Pen (FN) réplique de manière inhabituelle à Nicolas Sarkozy, accusant ce dernier d'empiéter sur son territoire et le raillant car il ne serait pas un « vrai » Français (Sarkozy ayant des origines hongroises). Il affirme qu'il faut voter pour lui, car il est le véritable Français originel. Cela provoque immédiatement l'indignation sociale. Droite et extrême droite s'engagent dans une guerre de mots où elles semblent chercher à se rapprocher, suggérant des compromis tactiques pour la répartition des voix. Peut-être y a-t-il là des stratégies électorales ingénieuses ou des possibilités méta-électorales : dans le cadre d'alliances ambiguës et entrelacées, la droite construit son territoire (car le candidat UMP flatte constamment l'extrême droite, sachant que ses voix consolideront sa victoire) ou fait des compromis avec l'extrême droite. Ainsi, certains soulèvent la question : « Si le candidat de la droite sortait inopinément éliminé au premier tour et si Jean-Marie Le Pen passait le cap, comment Nicolas Sarkozy gérerait-il la situation ? Le spectacle continuera. »

Les controverses créées par Nicolas Sarkozy concernant « ceux qui ont des penchants sexuels avec des mineurs et les suicidaires », qu'il attribue aux gènes, continuent de diviser le monde scientifique et suscitent de profonds doutes sur sa personnalité. Les experts s'accordent à dire qu'il faudrait procéder à une analyse psychologique, physiologique et mentale approfondie de ce candidat. Bien sûr, tout cela n'est peut-être que stratégie électorale issue de L'Art de la guerre de Sun Tzu. On dirait que c'est une tactique relevant de l'art contemporain : pour intégrer le système et créer sa notoriété (qu'elle soit bonne ou mauvaise), il faut passer par le débat médiatique. Les grands récits politiques et les discours sociaux sont ainsi relégués au second plan. Une comédie à la Molière, faite de rires et de scandales, se joue sans fin. Dans cette élection présidentielle, le discours de l'extrême droite s'est institutionnalisé et banalisé, notamment dans les propos de l'ancien ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. L'identité nationale, l'immigration, le drapeau et l'hymne national sont devenus les grands sujets de cette campagne originale. En revanche, le slogan habituel de la FN « La France aux Français d'abord » a disparu, habillé dans une stratégie discursive nationale traditionnelle et docile de la droite. Alors que les sondages montrent un refroidissement général parmi les principaux candidats, seuls les scores de Jean-Marie Le Pen (FN) continuent de monter en flèche, passant de 6 % à 15 %, ce qui est difficilement imaginable.

De nombreux journalistes étrangers qualifient cette campagne présidentielle française de pire jamais vue. Cela prouve en partie la baisse actuelle de la position de la France (de la compétitivité à l'influence, etc.). La finesse et l'éclat de la société et de la culture françaises fondent peu à peu, perdant leur brillance éclatante.