Les Grandes Baigneuses, 127 × 196 cm, vers 1895-1898, conservé au Philadelphia Museum of Art, États-Unis

Les Grandes Baigneuses, 127×196 cm, 1990-1905, National Gallery, Londres. Cézanne a consacré une grande partie de sa carrière aux « baigneuses ». Ces deux œuvres constituent l'aboutissement de ses recherches sur le sujet. Leurs figures novatrices anticipent le cubisme (comme Les Demoiselles d'Avignon de Picasso) et les explorations de Matisse. Le thème des baigneuses s'inscrit dans la tradition occidentale : Titien (Le Concert champêtre), Boucher (Diane au bain) ou Manet (Déjeuner sur l'herbe) intègrent le nu dans le paysage, harmonisant nature et corps humain.

Dans ces deux compositions, Cézanne substitue à la perspective classique une approche visuelle où les groupes de baigneuses s'intègrent au paysage. Corps, troncs, nuages et sol deviennent des éléments formels modernes — lignes, surfaces, volumes colorés — construisant une structure rigoureuse et un espace singulier. Ces œuvres marquent le sommet de sa création et offrent au modernisme du XXe siècle une voie claire.

Ces deux versions monumentales regroupent deux ensembles de baigneuses dans un cadre verdoyant sous un ciel bleu. À Philadelphie, la composition parfaite oppose, sous un tronc massif, un groupe debout à un groupe accroupi (dont le visage est absent au premier plan), face à un autre groupe assis/couché. L'espace central guide le regard vers la forêt lointaine, respectant la profondeur perspectiviste traditionnelle. La version de Londres, plus audacieuse, ferme cette perspective : les baigneuses s'alignent sous les arbres. Sous une palette harmonieuse d'ocres, verts et bleus, le trait vif de Cézanne fait de la couleur un volume. Si celle de Philadelphie évoque l'aquarelle, celle de Londres affirme la solidité du « couleur-volume », achevant sa quête d'une harmonie artistique analogue à la nature.