Cézanne (P. Cézanne) — Peintures de figures
La Dame au café, 130 × 96 cm, 1890-95, Musée d'Orsay, Paris.


Si l'on compare les peintures de figures de Cézanne à celles des impressionnistes de son époque, on constate que ces derniers privilégiaient un réalisme figuratif, tandis que Cézanne adoptait une approche plus subjective, soucieuse de l'équilibre structurel global. Ses figures ne sont pas de simples descriptions, mais l'expression purement plastique d'une forme. Bien que ses œuvres précoces (1860-1870) fussent marquées par un expressionnisme intense, il a revisité ce thème vers 1890. « La Dame au café » et « Les Joueurs de cartes » en sont les représentations les plus abouties, parmi les plus brillantes de sa production sur le sujet.
Après vingt ans d'observation attentive et de recherches formelles, ces deux toiles atteignent, comme ses autres thèmes, une perfection dans la solidité et l'harmonie de leurs structures formelles ainsi que dans leurs volumes colorés. À première vue, certains pourraient dire que Cézanne « ne sait pas peindre les figures », trouvant les visages figés et peu ressemblants ; c'est là une vision superficielle. Pour lui, peindre un portrait revient à peindre une pomme : la méthode de traitement des formes naturelles simplifiées est identique. Ici, la dame vêtue de bleu, assise immobile près de la table avec sa théière et ses tasses, domine la composition. Son visage impassible et ses mains lourdes posées sur son tablier s'intègrent parfaitement dans l'organisation verticale et parallèle monumentale du cadre, contre un fond de porte et de tapisserie aux tons bleu-vert géométriques. Cette vision solide, claire et intemporelle constitue le style suprême de Cézanne.
« Les Joueurs de cartes » représente une exploration plus complexe. Sous une rigueur formelle et une harmonie chromatique intellectuelles, ce sujet existe en plusieurs versions. Celle du National Gallery à Londres et celle du Musée d'Orsay à Paris dépeignent deux hommes en costume et chapeau, assis face à face autour d'une table. Au centre, contrastant avec le fond géométrique vertical et parallèle, se trouve une bouteille de vin, point focal de cette confrontation visuelle structurée par une géométrie stricte, révélant la supériorité picturale dans la forme et le volume parfaits.
La principale différence entre les versions londonienne et parisienne réside dans le cadrage spatial. L'œuvre du Musée d'Orsay présente une structure et un espace plus serrés (le personnage de droite étant partiellement coupé), avec une planéité accrue. Dans la version londonienne, les deux personnages sont entièrement inclus dans le cadre, produisant un effet visuel traditionnel de contraste géométrique rigoureux.