Promenade artistique estivale à Paris (I)
Marc Riboud : une exposition remarquable devant l'Université de la Sorbonne, témoin des manifestations de Mai 68 à Paris.



Marc Riboud – célèbre pour ses images des manifestations chiliennes pour la liberté et la démocratie. La réputation de Paris en tant que capitale mondiale des arts est bien méritée ; ville libre, romantique, chaleureuse et imprégnée d’humanisme, elle attire les créateurs du monde entier qui y cherchent l’inspiration, ressentent le souffle de l’art et de la mode suprêmes, et produisent des œuvres contemporaines. Il y a toujours plus d’expositions qu’on ne peut en voir, à l’intérieur comme à l’extérieur, particulièrement après les vacances de printemps, par temps doux et ensoleillé, jusqu’à l’automne poétique. Chaque été, pendant les vacances, le Jardin du Luxembourg, verdoyant et luxuriant, accueille invariablement des expositions de sculptures en plein air. Cette année encore, sans exception, des expositions photographiques de maîtres mondiaux sont présentées sur les grilles et les murs, attirant chaque année des milliers de visiteurs qui s’arrêtent pour admirer gratuitement ces images et ces sculptures extraordinaires. Dans cette promenade détendue et plaisante, on se rapproche de l’art et on côtoie les artistes, élevant ainsi la culture humaniste et la sensibilité artistique de la société. L’art rend la société plus paisible et plus complète ; il constitue aujourd’hui l’activité publique la plus puissante pour l’éducation sociale.
Cette année marque le quarantième anniversaire des événements de Mai 68 en Europe. On se souvient alors de la guerre du Vietnam, intense et tragique, de la tourmente de la Révolution culturelle en Chine, de la désillusion face aux espoirs de liberté lors du Printemps de Prague en Europe de l’Est, des mouvements américains pour les droits civiques des Noirs, de la révolution cubaine et du renversement du gouvernement de gauche au Chili par les militaires, ainsi que de l’essor du rock des Beatles. Dans ce contexte mondial, les jeunes occidentaux portés par l’idéalisme et les militants de gauche se sont réveillés contre la société de consommation, se soulevant contre la guerre du Vietnam, réclamant la justice et tentant de libérer la société bourgeoise occidentale. Ces mobilisations ont déclenché des manifestations étudiantes à l’échelle mondiale, constituant la plus vaste et la plus retentissante vague de mouvements étudiants et ouvriers en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
Le quarantième anniversaire invite à réfléchir aux changements positifs et négatifs induits par Mai 68 dans le monde occidental actuel. Si l’utopie reste un idéal déçu, elle a du moins renforcé chez les gens le courage, les valeurs et la conscience de la valeur des droits humains, ainsi que la quête de liberté démocratique, la construction de nouveaux systèmes sociaux et la prise de conscience environnementale durable. L’étincelle de Mai 68, née à l’Université de Nanterre, s’est propagée vers le quartier latin de Paris, autour de la Sorbonne, devenant le cœur battant du mouvement. L’occupation de la place Odéon dans le quartier latin possède une valeur et une portée symboliques comparables à la prise de la Bastille durant la Révolution de 1789. C’est donc dans cette zone que se sont concentrées les confrontations violentes les plus âpres.
À l’occasion de ce quarantième anniversaire, une grande exposition photographique en extérieur a été spécialement organisée sur les grilles situées devant et derrière le lycée Louise-le-Grand, près de la Sorbonne. Elle présente les magnifiques clichés en noir et blanc du photographe-reporter Marc Riboud, documentant avec une puissance inégalée les événements de Mai 68. En revisitant cet événement historique aujourd’hui, il ne suffit pas de garder en mémoire l’histoire ; il faut aussi perpétuer et développer les valeurs et les idéaux des mouvements sociaux portés par ces jeunes étudiants anonymes. Il est évident qu’aucune libération ni aucune valeur ne tombe du ciel : l’évolution sociale, la démocratie et la liberté, ainsi que tout le reste, sont des acquis arrachés par le sang, la sueur et le combat.