Rencontre inattendue avec le graffiti parisien
Rare occasion en 1984 de découvrir dans le métro parisien les œuvres humoristiques du graffeur américain star Harlem.

Dans les années 80, le graffiti mural à Paris connaît son essor ; une sous-culture née dans les banlieues s'étend rapidement à toute la ville. Bien que ce mouvement ait pris source dans le métro new-yorkais et le East Village, sa vitalité se propage des côtes américaines aux grandes métropoles mondiales. Les banlieues parisiennes et le réseau ferré deviennent vite des lieux d'expression pour cette jeunesse qui investit l'espace public afin d'y laisser des traces libres, colorées et humoristiques, révélant ainsi une culture urbaine alternative unique.
Arrivant récemment à Paris, je n'avais guère fréquenté les zones périphériques et ne ressentais pas encore pleinement cette effervescence. Je croise parfois, dans les recoins animés de la ville, des graffitis remarquables qui suscitent ma curiosité et m'impressionnent par leur esthétique non conventionnelle. Cette fascination me pousse à les rechercher, et c'est ainsi que je découvre lors de la Biennale de Paris en 1984 les œuvres graphiques de l'Américain Keith Haring et les peintures libres de Jean-Michel Basquiat.
Dans le métro parisien, outil de transport pratique, j'aperçois parfois des graffitis agressifs apposés sur les grandes affiches publicitaires. Ces apparitions fugaces, souvent réparées le lendemain, restent rares. Un jour ensoleillé de 1984, alors que je m'apprêtais à sortir depuis la station Dupleix (ligne 6), je constate que tous les panneaux publicitaires de la station sont couverts de graffitis insolites. En me retournant, j'aperçois les œuvres graphiques et humoristiques du célèbre artiste américain Keith Haring, ainsi qu'un groupe de jeunes graffeurs au style distinctif, attirant le regard curieux des voyageurs pressés.
Je sors mon appareil photo pour immortaliser cette expérience singulière : il s'agit là d'une exposition murale sur le vif, complète et rarement offerte à Paris (non officielle ni organisée par la RATP). Cette invasion est brève, ne tenant qu'une journée et une nuit. Le lendemain matin, en montant sur le quai, tout semble revenu à la normale, comme si rien ne s'était produit. De nombreuses expériences de vie laissent des marques indélébiles dans ces moments imprévus. Plus de vingt ans plus tard, en remettant mes archives en ordre, ces souvenirs demeurent vivants, comme s'ils dataient d'hier. L'être humain est oublieux, mais ces rencontres fortuites restent gravées à jamais.