Le Printemps (vers 1477-1478), 203×314 cm, tempera sur bois, Galerie des Offices, Florence. Botticelli est le peintre le plus représentatif du Quattrocento, ayant porté l'école florentine à son apogée en synthétisant les arts de ses maîtres, et les surpassant par un talent exceptionnel. Influencé tôt par son maître Filippo Lippi, il est le peintre le plus poétique et imaginaire de l'école florentine. Par ses couleurs douces et lyriques et ses courbes libres et rythmées, il présente des images d'une perfection sublime, révélant pleinement l'esprit élevé de l'humanisme. Il est remarquable que Botticelli ait osé sans crainte adopter des sujets antichrétiens, brisant la tradition artistique depuis le Moyen Âge, particulièrement dans ses deux chefs-d'œuvre allégoriques les plus célèbres, Le Printemps et La Naissance de Vénus. Il libère ainsi les sujets picturaux ; les artistes ne se limitent plus aux conceptions religieuses, ouvrant un nouvel horizon à l'art futur.

Il convient de noter que les thèmes de ces deux tableaux sont polythéistes grecs, rappelant les statues parfaites de la Grèce antique, mais leur sensualité possède une modernité, surtout le visage des déesses, rempli d'amour profane, ainsi que de préoccupations humaines et de mélancolie. Le Printemps et La Naissance de Vénus sont des peintures allégoriques dont la symbolique de l'arrivée d'un nouveau siècle est particulièrement forte. « Le Printemps » signifie bien sûr le renouveau, le réveil de la terre et l'ère de la floraison des fleurs ; n'est-ce pas là l'avènement de la Renaissance italienne, l'essor d'une civilisation nouvelle ou renaissante ? La Naissance de Vénus ne fait pas exception : sinon, qu'est-ce qui naîtrait ? Tout cela symbolise le début d'une nouvelle ère, sous l'influence de la philosophie néoplatonicienne, l'essor d'une nouvelle culture. Les thèmes de ces deux œuvres proviennent des écrits littéraires du philosophe néoplatonicien Marsilio Ficino, reflétant clairement l'atmosphère culturelle de toute l'époque. Elles ont toutes deux été commandées par la famille Médicis.

Le Printemps est la peinture la plus poétique du début de la Renaissance. Vénus remplace la Vierge Marie, libérant la conscience sociale pour revenir aux sentiments et désirs humains séculiers ; la beauté charnelle remplace la sainteté passée, l'amour remplissant le monde et revenant à la foi polythéiste gréco-romaine. Dans cette symphonie printanière exubérante et dramatique, l'amour fait éclore les fleurs du cœur, transmettant le message d'un printemps humain, notamment à travers les informations portées par la Déesse des Fleurs, la Déesse du Printemps, l'Amour et Vénus, ainsi que les Trois Grâces. Bien sûr, l'amour ne fournit pas seulement une force vitale ; on peut la ressentir concrètement, la méditer et changer le monde.

L'ensemble de la peinture regorge de signes gestuels, semblable à un grand théâtre. Dans un décor de verger au printemps fleuri, se déroule avec un caractère dramatique et narratif le théâtre de la jeunesse. À droite, Zéphyr sombre (qui veut embrasser la Déesse des Fleurs), puis la Déesse des Fleurs tenant des vignes à ses lèvres, la Déesse du Printemps dispersant des fleurs, jusqu'à Vénus, l'Amour, au centre, charmante et coquette. Au-dessus d'elle, Cupidon aux yeux bandés (semblant suggérer que l'amour aveugle). Puis les Trois Grâses chantant et dansant, symbolisant respectivement : Vérité, Beauté, Bonheur, ou encore Beauté, Jeunesse et Joie ; une autre signification étant la Poésie, la Peinture et le Jardin, impliquant aussi trois amours éternelles : l'amour de la beauté, l'amour des hommes et l'amour sexuel. Se tenant par la main en cercle, elles forment un tout indissociable. À l'extrême gauche, Mercure, messager des dieux, la main sur la hanche, levant la droite avec une branche, s'occupant activement des nuages sur sa tête.

D'un autre angle d'interprétation : Zéphyr sombre à droite symbolise l'hiver rigoureux de février ; la Déesse des Fleurs de mars apporte la pluie printanière ; la Déesse du Printemps d'avril voit les fleurs éclore ; l'Amour Vénus de mai baigne dans la lumière du soleil ; les Trois Grâces de juin, juillet et août chantent et dansent ; enfin Mercure de septembre, montant au ciel, conclut la série. Ces personnages légendaires, réels et métaphoriques, présentent les caractéristiques saisonnières (printemps) et mensuelles.

Un printemps vibrant de vie, présentant de manière exceptionnelle les courbes élégantes des postures corporelles, poétique et pittoresque. La beauté des corps féminins charmants est exprimée pour la première fois de manière idéalisée, particulièrement chez les déesses vêtues de voiles transparents, créant beaucoup d'illusions réalistes. Nous constatons que ces personnages semblent légèrement allongés, présentant la beauté parfaite classique, rappelant les statues parfaites de la Grèce antique. Si on les compare à la statue de Vénus de Milo au Louvre, il est évident que la Renaissance est une renaissance des anciennes civilisations. La peinture semble assez plane, comme une scène de théâtre, sans profondeur spatiale, mais ses courbes séduisantes et ses gestes dansants sont pleins de mouvement. Dans le contraste lumineux et les tons de couleurs douces et poétiques, ils composent un rythme et une harmonie symphoniques, ouvrant une nouvelle ère de la peinture.