(Haut gauche) « Haine, massacre et mensonges » 2006. (Haut droite) « Gober partially buried sinks » (1997). (Bas) Écriture murale « Infinite exhaustion » 2007. L’exposition personnelle Sturtevant – « Raw Power », présentée à la galerie Thaddaus Ropac du 3 mars au 17 avril, met en lumière une artiste américaine vivant à Paris dont le parcours — formation à l’Académie des beaux-arts de Chicago, université de Zurich, Columbia University à New York — est rare. Bien que son œuvre ne semble pas celle d’une artiste âgée, elle dégage une vitalité juvénile, faisant de l’art un outil d’analyse sociale et politique.

Sous le thème « Raw Power », quatre œuvres interrogent la manipulation, les entraves, la résistance et l’appropriation dans le monde actuel : là où la connaissance, l’intelligence et la vérité étaient autrefois les forces dominantes, la haine, le massacre et les mensonges élégants sont devenus des instruments de pouvoir dangereux.

L’œuvre marquante « Haine, massacre et mensonges » (2006) présente deux figures vêtues de noir et coiffées de hauts chapeaux pointus (symboles du Ku Klux Klan), l’une portant un masque noir orné d’une moustache ironique, face à une installation mêlant torse masculin et organes génitaux féminins, révélant ainsi la brutalité de la haine et la cruauté du mensonge. Une autre installation majeure, « Gober partially buried sinks » (1997), occupe la moitié de l’espace : des éviers sculptés par Gober sont enfouis dans une pelouse synthétique verte, évoquant des tombes blanches dans un monde virtuel triste, suggérant que la mort précède la vie, tout en critiquant la situation internationale américaine.

Les deux dernières pièces vidéo, « Infinite exhaustion » et « Re-Run », sont des nouveautés. La première juxtapose quatre écrans plats enregistrant un chien-loup énergique sur une prairie ; le montage rapide et sauvage illustre la force vitale humaine gaspillée sans retenue. Installée dans la salle souterraine, « Re-Run » projette ce même animal en mouvement via un disque rotatif, créant des pauses qui renforcent une action intemporelle, métaphore des manipulations sociales. Cette exposition parisienne se distingue comme l’une des plus captivantes.