Black Spiral (See me) Objet-Installation 2008
Black Construction (Feel me) Objet-Installation 2008
Blue, Period (Touch me) Objet-Installation 2008

Ben, Bandaged, Beat Up, Beat Up Again, et Bewildered (Heal me), objet-installation, 2008. Exposition personnelle de Tom Burr « Black and Blue », présentée à la galerie Almine Rech du 20 mars au 19 avril. Né en 1963, Tom Burr est l’un des artistes new-yorkais les plus actifs ; son travail s’inscrit entre objet, meuble, architecture, sculpture et corps, dialoguant avec la structure physique de l’art minimaliste et le caractère dramatique de l’espace. Le thème du « noir et blanc » prolonge sa série « Addict-Love », centrée sur la conscience subjective moderniste comme événement inévitable et prédéterminé, dont la mise en scène reste incertaine. Bien que dominé par le noir et le blanc, la couleur n’est pas ici l’intention première : c’est l’esthétique élargie de la composition qui exprime la blessure ou la douleur corporelle. Entre renforcement chromatique et dégradation physique, il résulte une trace traumatique du corps. La notion de corps physique, ses limites, ses défauts et sa vulnérabilité sont explorées dans Tommy « Who Is » : un être muet, sourd et aveugle, métaphore incarnée dans ces sculptures-objets aux qualités figuratives, établies selon divers états de support, position, contrainte — écrasé au sol, lié à un pilier, enchaîné, courbé ou incrusté. Cela constitue une critique acerbe du modernisme rigide.

Dans cette exposition, poursuivant l’enquête sur Addict-Love, Tom Burr présente quatre sculptures-objets remarquables. L’une des plus saisissantes est Black Spiral (See me), dispositif angulaire formant une rampe diagonale noire ; au centre du sol, un vieux phonogène porte le disque de Tommy « Who Is » . L’objet phonogène est synonyme de son, donc d’objet partageable. Il devient le cœur de l’œuvre, tandis que le disque muet de Tommy « Who Is » , métaphore du son devenu silence, transforme l’expérience en perception purement visuelle, soulevant ainsi des questions anthropologiques et sociologiques extraordinaires sur le handicap social et les traumatismes corporels.

Plusieurs figures particulières de Addict-Love sont évoquées ici de manière référentielle. Black Construction (Feel me) se compose de quatre panneaux blancs pliables décroissants dressés en angle droit, recouverts d’un vêtement en toile peinte, deux angles portant un livre bleu intitulé « Contemporary Art », tandis qu’un autre panneau repose partiellement ouvert au sol. Cette géométrie malléable métaphorise Chick Austin, conservateur américain ayant introduit Picasso aux États-Unis. Blue, Period (Touch me), construit de quatre panneaux pliables rythmiques, intègre des images de mode populaire ; sous l’angle droit, une écharpe noire contraste avec le blanc, évoquant poésie et sensualité, et personnifie le compositeur Kurt Weill (Three Sacred Operas). Enfin, suspendu entre deux colonnes blanches, Ben, Bandaged, Beat Up, Beat Up Again, and Bewildered (Heal me) associe quatre panneaux pliables à une structure suspendue par chaînes et ligotée de gaze hospitalière, exprimant un traumatisme extrême et une angoisse ; il fait référence à Chanel, figure d’Addict-Love connue pour ses excès (cigares, parfums, alcool). Toute cette série assemble des objets inhabituels en panneaux pliables, créant un langage gestuel et postural qui transforme les objets en images humaines extraordinaires.