(Arnolfini et son épouse, 1434) (Les Époux Arnolfini) 82x52,5 cm, National Gallery, Londres. Les frères Van Eyck sont les peintres flamands les plus éminents et les plus représentatifs. L'aîné, Huber (1366-1426), et le cadet, Jan (1380-1441 ?), sont les pionniers de la peinture de genre et d'intérieur en Flandre, ainsi que les premiers maîtres à maîtriser parfaitement la peinture à l'huile. Grâce à ce nouveau médium, ils ont pu, dans le réalisme naturaliste, dépeindre des portraits d'une précision extrême et des jeux de lumière subtils, unifiant l'éclairage et harmonisant les couleurs pour révéler des formes impeccables et un espace naturel. Leurs œuvres les plus célèbres incluent L'Adoration des Mages (1432), Arnolfini et son épouse (1434) et Le Doge Giovanni Mocenigo et la Vierge (1434/36).

Arnolfini et son épouse (1434) est le portrait conjugal le plus remarquable de Jan van Eyck et l'une des œuvres les plus novatrices du début de la Renaissance. Elle représente avec minutie la scène théâtrale d'un mariage dans une pièce, reflétant la vie sociale de la classe moyenne flamande de l'époque : on y voit le manteau de fourrure noble du mari, son chapeau noir, la somptueuse robe verte de l'épouse, ainsi que les meubles et objets décoratifs. Le mari lève la main droite comme pour prêter serment, tandis que sa main gauche tient tendrement celle de l'épouse, symbolisant le contrat nuptial. La femme, coiffée du traditionnel voile blanc flamand, caresse son ventre proéminent suggérant une grossesse, signe de fécondité ou d'enfants nombreux ; près des pieds du mari, une paire de sabots évoque l'union du couple. Un petit chien au premier plan symbolise traditionnellement la fidélité éternelle, une bougie allumée dans le lustre au plafond représente l'amour, et des fruits sur le rebord de la fenêtre suggèrent la fertilité.

Un examen attentif révèle un miroir convexe immaculé sur le mur opposé, entouré d'une chaîne de cristaux symbolisant la pureté virginile, et orné de reliefs représentant la Passion du Christ, témoignant de la piété religieuse de l'époque. L'invention majeure de cette œuvre réside dans ce miroir mural qui reflète l'intégralité de la scène nuptiale, ainsi que les arrière-plans des époux et les figures frontales du prêtre et des témoins (probablement le peintre lui-même). Cette présentation spatiale exceptionnelle illustre l'imagination extraordinaire propre à la Renaissance. La signature de l'œuvre est apposée au sommet de ce miroir.