Passants dans la rue, 129,5 × 161,5 cm, 1961, Centre Pompidou, Paris. Image issue de www.Centre Pompidou.com
Détail de Passants dans la rue, 129,5 × 161,5 cm, 1961, Centre Pompidou, Paris
Lieu et deux personnages, 68 × 100 cm, papier, 1982, Centre Pompidou, Paris. Image issue de www.Centre Pompidou.com
Détail du Jardin d'hiver, installation environnementale, 1968-70, Centre Pompidou, Paris

Dubuffet a toute sa vie remis en question l'académisme par une attitude radicale d'anti-culture, rejetant ainsi l'élitisme dans l'art et le style formalisé. Il préférait revenir à la spontanéité des mains de nos ancêtres, s'inspirant de l'art primitif. Voyageur sans boussole et Messe de la terre sont des œuvres utilisant des matériaux pauvres. La première est un produit de résine et de pigments mélangés aux effets imprévus ; comme en géologie, on y voit ce voyageur maladroit sembler perdu dans un espace infini. Dans Messe de la terre, les personnages disparaissent dans la matière, mais leurs traces restent sur la terre. La texture matérielle devient la force même de la peinture, constituant un langage pictural anti-civilisationnel. Dubuffet écrivait : « Pourquoi j'estime tant ces valeurs non civilisées ? Parce qu'elles sont instinctives, passionnées, capricieuses, intenses et folles. » Il ajoutait : « Un art raisonnable — quelle idée stupide ! L'art ne fait que rendre ivre et fou. »

Les Passants de la rue ressemble à des carreaux de céramique en mosaïque aux couleurs vives, défiant fortement les sens et troublant la rétine du spectateur. Après avoir exploré des matières brutes et pauvres, Dubuffet revient au sujet pictural et à la couleur, libérant la forme dans un style baroque débordant. Une courbe divise la composition : la partie supérieure montre divers types de boutiques parisiennes multicolores, chaque bloc de couleur portant un nom de magasin. La partie inférieure présente des passants variés se frayant un chemin précipité dans les rues de Paris. Ces personnages sont amusants, aussi charmants et perspicaces que les dessins d'enfants, humoristiques et grotesques, avec des têtes informes, de longs nez, seulement un corps sans mains visibles, certains coiffés. Sous cette double perspective, à la fois plongeante et frontale, certains personnages semblent allongés (surtout en bas à droite).