«L'air de Paris» : exposition spéciale
(À gauche, fig. 1) Panneau d'entrée de l'exposition «L'air de Paris». (À droite, fig. 1) Ciment par l'artiste français Francois Corlet. (À gauche, fig. 2) Vélo sur le pont de Vincent Lamouroux, 2006. (À droite, fig. 2) «Nationalité-Los Angeles» de Saadane Afif...




(À gauche, fig. 1) Panneau d'entrée de l'exposition «L'air de Paris». (À droite, fig. 1) Ciment par l'artiste français Francois Corlet. (À gauche, fig. 2) Vélo sur le pont de Vincent Lamouroux, 2006. (À droite, fig. 2) «Nationalité-Los Angeles» de Saadane Afif, qui représente le drapeau français à travers trois vêtements bleu, blanc et rouge ; le sweat-shirt rouge arbore un dessin de Mickey Mouse, œuvre de 2002.




(À gauche, fig. 1) Installation environnementale If my body shows up de l'artiste américaine Nan Goldin, 2007. (À droite, fig. 1) L'installation If my body shows up de Nan Goldin présente la section «Intimité et vie urbaine», 2007. (À gauche, fig. 2) Sculptures sur maison et installation The Carved House de l'artiste américano-française Louise Bourgeois, œuvres de 1983 et 1990. (À droite, fig. 2) Sans titre de l'artiste français Richard Fauguet, 1999. L'exposition spéciale «L'air de Paris» a été présentée du 25 avril au 15 août dans la première galerie du sixième étage du Centre Pompidou. Pour commémorer le trentième anniversaire de l'ouverture du Centre Pompidou, cette grande exposition rassemble des artistes français de la nouvelle génération (ou des artistes travaillant à Paris), plongés dans une atmosphère parisienne novatrice, s'inspirant du concept de Duchamp de 1919 intitulé «L'air de Paris». Cette œuvre est un objet improvisé lorsque Duchamp est parti de France pour les États-Unis, offert en cadeau aux collectionneurs new-yorkais Louise et Walter Arensberg. «L'air de Paris» est un petit récipient en verre contenant un liquide ; Duchamp a retiré le liquide (le laissant vide) et a nommé l'objet «L'air de Paris». Cette œuvre problématique est devenue une «énigme» de l'art contemporain, car l'air est un objet vide : ce cadeau est-il le récipient en verre vide ou l'air qu'il contient ? Pour Duchamp, l'air est omniprésent, donc l'art devrait l'être aussi (il avait déjà affirmé que «tout objet peut devenir une œuvre d'art»). Ainsi, «L'air de Paris» se définit comme étant aléatoire, changeant, partageable et transportable. Bien sûr, l'air de Paris est romantique, fier, poétique, imaginaire, novateur, populaire, illusoire, négatif, raffiné, cynique, provocateur, arrogant et unique. Surtout, à l'ère de la mondialisation, les artistes sont devenus des nomades, se rassemblant dans les grandes capitales artistiques mondiales, dont Paris est l'un des pôles majeurs. Selon les statistiques, des artistes provenant de 170 pays du monde entier se réunissent à Paris, partageant une atmosphère particulière pour réaliser des créations fantaisistes variées. Cette exposition spéciale, célébrant l'ouverture du Centre Pompidou, est fondée sur cette réalité, mettant en lumière les aspects novateurs de la création parisienne dans un contexte de mondialisation, tentant de raviver l'éclat déclinant de l'art contemporain et de reprendre l'avantage. Plus subtilement, elle vise à accroître la notoriété des artistes français contemporains (la plupart de nationalité française) et à montrer une perspective artistique contemporaine française raffinée mais parfois discrète.
L'exposition spéciale «L'air de Paris» est divisée en dix grands thèmes : «Autres espaces urbains, réparation et fiction» : ici, les artistes estiment que la ville moderne ne doit plus être perçue uniquement comme un théâtre architectural et un espace de connexion ; ils tentent de réparer et de recréer métaphysiquement cette post-ville avec ses enjeux actuels. Ils s'intéressent particulièrement aux questions de fluidité (circulation et connexion), l'architecture et la ville ordinaire devenant des axes d'exploration artistique pour ces jeunes artistes, comme les œuvres de Francois Corlet évoquant une cabane de neige. «Espace-temps de la nouvelle perception» : la jeune génération explore la construction offerte par Internet et les nouvelles technologies de communication, créant des œuvres qui offrent une perception différente de l'espace-temps urbain. «Nouveau langage public et culture de masse urbaine» : depuis les années 80, le langage public des métropoles (graffitis murals) a progressivement modifié le paysage naturel urbain ; les cultures marginales sont devenues une source d'inspiration nouvelle. Le développement et la diffusion de ce nouveau langage public sont devenus une culture de masse urbaine, remettant profondément en question l'auteur original et les droits d'auteur. Dans le monde de l'image d'Internet actuel, l'œuvre originale perd sa fonction et son charme inhérent ; J-L Moulene en est l'emblème. «Médias de masse et NTIC au cœur de la vie urbaine» : nous vivons dans un monde médiatique totalitaire qui pénètre tous les aspects de la vie quotidienne, modifiant profondément notre perception de la réalité et transformant la ville en un utopisme «e» et au centre de la vie urbaine. Les artistes tissent leur beau monde à travers ces images et informations médiatiques, comme dans les œuvres vidéo d'A Leccia. «Conflit, risque et accident» : le beau monde espéré après la guerre froide n'est pas arrivé, l'utopie millénariste n'est pas descendue, de nouveaux conflits surgissent constamment, les risques s'aggravent et les accidents surviennent à tout moment. À l'ère des catastrophes naturelles et humaines, des situations imprévites apparaissent sans cesse ; diverses guerres et combats, ouvertement ou secrètement, se déroulent sans entraves. Sous la propagande médiatique totale, dans une société confrontée à de nouvelles technologies de combat et à un équilibre écologique perdu, les menaces et risques sociaux deviennent plus évidents et les accidents imaginables se multiplient. La société du désastre devient un autre axe d'exploration artistique, comme en témoignent les œuvres de l'artiste suisse Thomas Hirschhorn. «Écologie urbaine et biotechnologies, du naturel au non-naturel» : l'écologie naturelle a toujours été garante de la qualité de vie en métropole. À l'ère où la conscience environnementale monte, traiter la nature urbaine ou la ville naturelle devient central pour l'écologie. Les nouvelles biotechnologies apportent de nouvelles révélations à la ville, qui construit un compromis entre le naturel et le non-naturel. L'art contemporain, avec ses sujets diversifiés, n'est pas absent ; de nombreux artistes gravitent autour de ce thème, comme l'artiste française Dominique Gonzalez-Foerster. «Identité et communauté» : la vie urbaine implique de nombreuses questions ethniques et minoritaires, allant du logement à l'emploi, de la société à la politique. Les émeutes sociales de 2004 dans la banlieue parisienne ont été provoquées par des problèmes d'identité et de discrimination raciale. Enveloppant la politique française actuelle, la communauté, selon le dictionnaire, n'est pas seulement un regroupement de personnes vivant ensemble, mais nécessite une participation réelle face à-autrui pour s'intégrer parfaitement et coexister harmonieusement. Ce thème de l'identité et de la communauté concerne bien sûr les artistes d'origine arabe et africaine. De nombreuses œuvres reflètent profondément la discrimination raciale et l'injustice sociale, comme «Nationalité-Los Angeles» de Saadane Afif, représentant le drapeau français avec trois vêtements bleu, blanc et rouge dont le rouge porte Mickey Mouse, ou Adel Abdessemed qui utilise une bande vidéo montrant un homme noir blanchi au lait, illustrant clairement les questions d'identité. «Relations complexes entre individu et mondialisation» : dans ces pays hyper-développés, l'individualisme domine ; l'individu vit au sein du groupe mais n'en dépend pas entièrement ni ne peut s'en détacher complètement. Dans les relations étroites et complexes de la mondialisation actuelle, ces liens sont subtils et incertains. Bien sûr, la société est un tout constitué de chacun, mais l'individu solitaire et impuissant se sent encore profondément isolé dans ce groupe indifférent. Cette société indifférente éloigne davantage l'individu du tout (ou de la mondialisation), accentuant solitude et isolement. Tentant de s'affirmer et de repousser ses propres limites dans cette situation, ces relations subtiles et complexes deviennent un sujet d'exploration artistique contemporain. On y trouve notamment les œuvres de l'artiste chinois Huang Yong Ping résidant en France, explorant les implications de la mondialisation. «Intimité et vie urbaine» : dans la vie urbaine actuelle, la vie privée individuelle devient impossible ; l'espionnage est devenu une passion grand public, tandis que se cacher est la voie sage actuelle. Mais incapable de supporter la solitude ou sous la culture de l'étalage actuel, masquer la vacuité intérieure et exhiber l'apparence extérieure est devenu la norme. Tout le monde revêt un masque de gloire illusoire pour éviter le blâme ; l'analyse psychanalytique révèle de nombreux liens pathologiques et hypocrites dans la formation de ces apparences. Les artistes, avec un regard aigu, analysent cette relation ambiguë entre intimité et vie urbaine actuelle, dont les installations environnementales de l'artiste américaine Nan Goldin sont les plus représentatives. Enfin, il y a «Géographie de l'atmosphère : paysages, architecture, design», qui n'est pas un art plastique : le Centre Pompidou n'est pas seulement un centre d'art plastique, mais aussi un centre d'architecture et de design. Cette section présente l'architecture urbaine, les bâtiments et les paysages à l'ère de la mondialisation, comprenant 19 œuvres architecturales telles que celles des célèbres architectes Zaha Hadid, Philippe Rahm et Didier Fiuza Faustino. Bruno Latour y dessine également une carte de la pollution environnementale méconnue de Paris. Les designs novateurs des frères Bouroullec, jusqu'aux deux jardiniers français les plus importants Gilles Clement (qui établit un espace environnemental sensible, proposant la place inévitable de la nature en ville) et Patrick Blanc (célèbre pour ses jardins verticaux), font de l'espace vert une décoration urbaine contemporaine et une garantie d'amélioration de la qualité de vie.
Les dix sous-thèmes de l'exposition tournent tous autour de l'espace-temps et de l'humanité urbaine contemporains. Il apparaît que les artistes contemporains ne sont pas seulement des nomades, mais aussi une bohème métropolitaine. Grâce aux nouvelles technologies et à Internet, ils diffusent et perçoivent l'espace-temps compressé actuel et des sentiments non-sympathiques, ainsi que la situation politique, économique et sociale globale, transformant la ville en un utopisme «e». Dans un monde contemporain où le simulacre est plus réel que le réel, le simulacre crée son propre beau monde ; sous la vérité apparente, dans les illusions et les formes trompeuses, la métaphysique en action progresse. Les spectateurs peuvent-ils vraiment ressentir cela ? Il est évident que cette exposition spéciale reflète une perspective artistique très française. L'ouverture de l'art français, déjà assez institutionnalisé, semble ne pas être si ouverte ; en regardant vers le monde (mondialisation), on ne voit apparemment que son propre nombril (ce point est le plus beau). Cette exposition, dont le nom est explicite, montre clairement que le système de l'art contemporain français se met en valeur. Le développement de l'art contemporain français est contradictoire : d'un côté stimulé par le système, de l'autre étouffé par celui-ci. On peut imaginer que le voyage de Duchamp à New York n'était pas déraisonnable ; aujourd'hui, l'art français ne fait que parasiter le système, sinon il se laisse aller.