Annette Messager, « Les Messagers » : exposition personnelle
(Pl. 1 g.) Panneau publicitaire devant le Centre Pompidou pour l’exposition personnelle d’Annette Messager « Les Messagers ». (Pl. 1 d.) Scène de « Pinochio se promène au Pompidou », installation mécanique environnementale de 2007. (Pl. 2 g.) Scène de la série « Les Pieux » (1991-1993). (Pl. 2 d.) 1








(Pl. 1 g.) Panneau publicitaire monumental devant le Centre Pompidou pour l’exposition personnelle d’Annette Messager « Les Messagers ». (Pl. 1 d.) Scène de l’installation mécanique environnementale « Pinochio se promène au Pompidou » (2007). (Pl. 2 g.) Scène de la série « Les Pieux » (1991-1993). (Pl. 2 d.) « Dépendance-Indépendance » (1995-1996), œuvre monumentale d’installation spatiale environnementale. (Pl. 3 g.) « En observation » (1998), objet humoristique installé où trois petits chiens en peluche observent une construction. (Pl. 3 d.) « Articles-Désarticulés » (2001), grande série d’installations mécaniques environnementales. (Pl. 4 g.) « Casino » (2004-2005), installation théâtrale mécanique poétique et pittoresque, chef-d'œuvre présenté lors du Pavillon français à la Biennale de Venise 2005. (Pl. 4 d.) « Gonflement-Dégonflement » (2006), œuvre d’objet spatial mécanique environnemental.
L’exposition personnelle d’Annette Messager « Les Messagers » s’est tenue du 6 juin au 15 septembre dans les galeries sud du Centre Pompidou. Annette Messager est l’une des artistes féminines françaises les plus célèbres et populaires ; elle a représenté la France à la Biennale de Venise 2005, remportant le Lion d’or (prix de la meilleure artiste). Cette exposition n’étant pas une rétrospective, elle présente sa diversité (peinture, dessin, broderie, artisanat, photographie, sculpture, objets, installations, etc.), des années 1970 aux œuvres monumentales récentes. Par un mélange de jeu et de tragédie, elle crée un dialogue par similitude et tension. Son univers emprunte aux images extraordinaires du folklore et à l’art raffiné, présentées en séries qui s’entrecroisent et développent de nouvelles sensations à partir d’éléments internes. Son langage direct s’appuie sur notre vie quotidienne ordinaire, accessible à tous. Cette dualité suscite chez le spectateur un sentiment étrange entre séduction et répulsion.
Née en 1943, Annette Messager est une figure majeure de l’art français contemporain et l’une des artistes féminines les plus internationales depuis les années 1970. Comme Boltanski et Leconte, elle puise dans la contre-culture. Elle affiche une sensibilité et un goût similaires, mais fonde son art sur la finesse, la capacité et la sensibilité féminines. Ses premières œuvres explorent la relation femme-société : « Pensionnaires » (1970) montre des oiseaux empaillés vêtus de tricot, exprimant l’instinct maternel avec humour noir. « Albums et collections » imite la tendance féminine à collectionner : collage de magazines et d’images publicitaires, comme la série « Auto-mutilation » (1972) sur l’esthétique, ou encore « Mes petites chéries », « Mes hommes préférés » et « Mes broderies ». L’artiste explique : « J’aime ces images clés, manipulées par les ciseaux. On peut me voir comme une castratrice – sans rien perdre ! Je sais que sadisme ou idolâtrie ne coûtent que 3,5 francs ! Cela implique souvent une distorsion introspective. Je veux embarrasser le spectateur, lui donner l’impression d’être un voyeur involontaire face à des secrets forts. Ces images moqueuses nous émeuvent. Les illusions d’Annette Messager sont celles de tous. » Ainsi naissent « Artiste Annette Messager », « Collectionneuse Annette Messager » et « Facticeuse Annette Messager ». Dans cette exposition, ces séries sont réunies dans une pièce fermée « La chambre secrète de la collectionneuse », visible par une petite fenêtre, créant curiosité et sentiment de privation entre divulgation et secret.
À partir des années 1980, sous le postmodernisme, Messager délaisse la narcissisme féminin pour utiliser son propre corps comme médium : peinture corporelle photographiée, collée ou retouchée directement sur les murs. Elle entre dans un monde absurde et fantastique, proche des mythes folkloriques, des contes de rêveurs ou des apocalypses symbolistes médiévales, dans un romantisme noir allant des enfers médiévaux à Goya, au surréalisme et à l’univers bizarre de Hitchcock. « Chimères » (1982-1984) assemble des fragments noirs et blancs (œil devenant chauve-souris ou phallus, visage lunaire composé de phallus, œil et bouche) par montage. « Mes Trophées » (1986-1988) peint des paysages imaginaires sur des parties du corps (mains, pieds, langue, oreilles, yeux, organes sexuels), photographiés et encadrés comme des peintures classiques mystérieuses. « Mes Vœux » (1988-1990) suspend des photos encadrées de différentes tailles, écrit des thèmes sous les petites photos et ajoute des poupées (devenues ses matériaux chers). L’artiste note : « J’aime regarder ces yeux, bouches, nez, lèvres, phallus et dents… Cela me touche. Mélanger un œil masculin et une bouche féminine crée un monstre incompréhensible, un dinosaure ! Je combine ces archétypes dans ma chambre noire ou mon laboratoire. Je choisis des fragments d’images qui deviennent ma création… Assemblant une bouche grimaçante, un morceau de peau masculine, une oreille ou un autre nez, je reconstruis un type… »
Depuis 1990, elle développe de grandes installations environnementales tridimensionnelles, libérées du passé, plus vastes, dramatiques, humoristiques, fantaisistes et inquiétantes. Elles dépendent de la construction spatiale et de matériaux ingénieux, offrant des images surprenantes et imaginatives. « Les Pieux » (1991-1993) attache divers objets (dessins, photos, poupées, images, objets divers dans des bas noirs) sur des tiges de fer de longueurs variées, évoquant des baguettes magiques. Cette installation crée une tension magique et humoristique, pleine d’humour noir, faisant sourire ; l’artiste y voit une conspiration et un exorcisme. « Dépendance-Indépendance » (1995-1996) est une installation monumentale suspendue : vêtements, gants, coton, dessins, photos, poupées, lettres accrochés à des fils colorés ou filets de pêche noirs, formant une forêt labyrinthique rappelant les viscères humains ou des objets mystérieux, ironisant peut-être sur les amateurs d’art. « En Balance » (1998) utilise des fils colorés pour créer des formes indéfinies ou définies, comme des toiles d’araignée ou des veines, parfois ornées d’animaux inhabituels, rempli d’intérêt et d’imagination. À l’aube du millénaire, deux œuvres amusantes apparaissent : « En observation » (1998), suspension de sacs plastiques colorés surmontant trois petits chiens en peluche observateurs ; et « Gants-Tête » (1999), gants noirs avec crayons de couleur aux doigts, formant un crâne original sur mur blanc, montrant la finesse féminine. « Les Restes » (1998-2000) décompose deux grands lions en peluche, disposant les fragments sur un mur, évoquant une violence extraordinaire et des métaphores sociales glaçantes.
Les œuvres récentes d’Annette Messager sont plus fascinantes, vastes et dramatiques. « Articles-Désarticulés » (2001), première introduction de mécanique automatique, est un chef-d'œuvre de la 11e Biennale de Venise. Des groupes de poupées colorées de tailles diverses, dans des scènes insolites, bougent par ascension, torsion et rotation mécaniques, créant un théâtre de marionnettes populaire humoristique et métaphorique sur le monde-théâtre. « La Ballade des pendus » (2002) suspend des poupées en mouvement circulaire continu, comme un manège. « Casino » (2004-2005), chef-d'œuvre du Pavillon français à Venise 2005, projette dans l’obscurité une grande toile rouge soufflée par ordinateur, créant des vagues successives et un mirage blanc sous les vagues rouges, un monde onirique. « Gonflement-Dégonflement » (2006) utilise des tissus de parachute gonflables formant des organes internes ou des formes grotesques, respirant mécaniquement comme des êtres vivants ambigus, magiques, humoristiques et oniriques. « La Ballade de Pinochio à Beaubourg » (2007), installée dans le sous-sol de l’entrée du Centre Pompidou pour son 30e anniversaire, dispose des oreillers blancs longs en rectangles intérieurs et extérieurs ; Pinochio tourne sans cesse autour du rectangle intérieur. Au deuxième étage, trois membres géants (gros seins rouges, deux mains noires, grande paume rouge) enveloppés dans un filet de pêche tombent alternativement du ciel au sol. La course effrénée de Pinochio moque l’absurdité humaine, tandis que la chute d’objets corporels renforce l’imaginaire d’une violence invisible et d’un malheur venu du ciel.
Annette Messager explore continuellement la tension émotionnelle et les images intérieures anormales, provoquant chez le spectateur des sentiments inhabituels entre familiarité et violence, peur et sécurité. Elle diffuse des messages universels extraordinaires. L’artiste déclare : « Je crois que plus une œuvre est unique, plus il est facile de la partager brillamment avec les autres. »