Anselm Kiefer « Météores » : extraits d’un entretien
(Photos) Vue spectaculaire de l’exposition Anselm Kiefer « Météores ». Anselm Kiefer « Météores » : Le Grand Palais est un lieu particulier, non seulement par son volume mais par son architecture. Une architecture claire et massive qui défie la présentation de l’artiste, qu’il doit affronter. Le Gra

(Photos) Vue spectaculaire de l’exposition Anselm Kiefer « Météores ». Anselm Kiefer « Météores » : Le Grand Palais est un lieu particulier, non seulement par son volume mais par son architecture. Une architecture claire et massive qui défie la présentation de l’artiste, qu’il doit affronter. Le Grand Palais, surtout tard le soir, ressemble au monde ; on y voit le ciel étoilé, c’est un lieu d’ouverture infinie, proche de l’univers. Un vaste espace d’exposition sans plafond comme lieu d’exposition est assez novateur et très stimulant.
L’exposition au Grand Palais s’appelle « Météores », thème que j’ai traité dans de nombreuses œuvres ces dernières années. Ce thème inclut la naissance et la destruction cosmiques, avec des millions d’étoiles naissant et disparaissant chaque jour, à l’instar des humains. Pour une planète, cela peut prendre des millions d’années, tandis que pour l’homme, ce n’est qu’une seconde ; la relation temporelle est donc si différente. Lorsqu’une planète meurt, elle explose en une lumière blanche ardente et éclatante, se fragmentant en divers débris dont les cendres flottent dans l’univers sur des distances inimaginables, puis ces matières se regroupent et se condensent pour former une nouvelle étoile, une autre planète. « Météores » exprime cette métamorphose du monde, cette métabolisation naturelle et céleste. Ce thème ne couvre pas seulement notre vie mais aussi l’univers.
Selon ma peinture, il ne s’agit pas d’une illusion ou d’une fantaisie. Je ne peins pas pour représenter des images ; je peis parce que quelque chose surgit, sous l’impulsion d’un choc que je transforme en quelque chose. Je libère ce qui m’appartient et me tourmente, ce que je dois transformer et métaboliser, ce qui constitue la raison de ma création.
Le catalogue présente 60 % de mes créations ; c’est le seul livre de ce type, ce n’est pas un ouvrage grand public. Les livres m’attirent souvent car ils incarnent le temps : le temps nécessaire pour écrire et celui requis pour lire page après page, faisant apparaître les peintures. Ainsi, lorsque les gens entrent dans l’espace d’exposition, ils peuvent admirer une œuvre sur place (dans le cadre de l’exposition). Grâce au catalogue, ils peuvent approfondir leur appréciation et compréhension, sans être limités par le temps. C’est là la grande différence entre le catalogue (le livre) et l’exposition. Mes livres existent entre ces deux aspects : ils invitent à feuilleter et à ouvrir pour apprécier ; lire mes livres revient à contempler des œuvres, situées entre apparition et temporalité.
Il n’est pas nécessaire de comprendre mes œuvres selon ce que je dis ; il faut ouvrir les yeux pour regarder, observer selon son propre système de pensée, son histoire intrinsèque et l’expression de cette épreuve, construite par notre esprit. Chaque spectateur doit déterminer lui-même les œuvres qu’il observe. C’est pourquoi il existe des milliers d’œuvres dans le monde, car chacun les regarde sous un angle différent, ce qui est fascinant. Chaque perspective ouvre les portes de mon champ visuel vers d’autres points de vue, d’autres peintures, d’autres interprétations.
Ce qui satisfait un artiste, c’est lorsque quelqu’un, par exemple un économiste ou un microbiologiste, perçoit en vous quelque chose que vous n’aviez jamais imaginé ; c’est là une chance.
Les maisons (salles d’exposition) que j’ai construites à Barja et au Grand Palais accueillent ces œuvres significatives. Il y a des passages entre ces maisons ; lorsqu’il y a des passages, il y a des croisements. Croiser signifie rencontrer. Au Grand Palais, il y aura de nombreux croisements, c’est pourquoi j’ouvre ces salles d’exposition ; les portes sont toujours ouvertes, permettant aux gens d’entrer et de sortir, passant d’une porte à l’autre, créant ainsi des liens, des jonctions et des connexions entre les œuvres et entre les personnes. Lorsque j’utilise la poésie, un vers ou un mot, c’est quelque chose qui est gravé dans mon cœur et qui m’approfondit ; il se transforme et entre indirectement dans mes tableaux. (Traduit depuis le communiqué de presse de l’exposition Anselm Kiefer « Météores » – extraits de l’entretien avec Jean-Baptiste de Beauvais, p. 8-9)
Concernant les poètes Paul Celan et Ingeborg Bachmann : cette exposition « Météores » est spécialement dédiée aux œuvres de ces deux poètes, l’allemand juif Paul Celan et l’Autrichien Ingeborg Bachmann, en hommage à l’humanité. Examinons ces deux poètes. Paul Celan (1920-1970), poète allemand juif, né le 23 novembre 1920 à Cernăuți (actuelle Ukraine), écrit en allemand. À partir de 1947, fuyant les nazis allemands, il s’installe à Paris où il met fin à ses jours en sautant dans la Seine le 20 avril 1970. Marqué profondément par l’expérience des camps de concentration nazis, le poète Paul Celan réfute vigoureusement l’idée du philosophe Theodor W. Adorno selon laquelle « écrire de la poésie après Auschwitz est barbare ». Paul Celan travaille effectivement avec poésie à l’intérieur même de la langue ; ces bourreaux sont aussi des exemples de courage poétique immense, menant à une écriture complexe, interrompue et particulièrement émouvante. Ses œuvres les plus célèbres incluent : Des Staub der Zeit (La Poussière du temps, 1947), Todesfuge (Fugue de mort, 1952), Nichts Blüht (Rien ne fleurit, 1963), Das Herzeichen (Le Signe du cœur, 1965) et Der Schwarze Zoll (La Taxe noire, 1969). En 1946, il écrit dans une lettre : « …Je dois vous dire combien il est difficile pour un poète juif d’écrire en allemand. Quand mes poèmes sont publiés, exprimés dans un allemand remarquable – permettez-moi de citer cet aspect terrifiant et stupéfiant –, ceux qui ouvrent le livre pour lire mes poèmes sont ceux qui ont tué ma mère… pire encore arrive… Pourtant, mon destin est d’écrire en allemand. »
Ingeborg Bachmann (1926-1973), poétesse autrichienne, née en 1926 à Klagenfurt en Autriche, décède tragiquement le 17 octobre 1973 dans un incendie à Rome, en Italie. Elle obtient son doctorat en 1950. Sa création poétique commence avec le groupe « Gruppe 47 » formé après la guerre (membres : Gunter Eich, Heinrich Böll, Ingeborg Bachmann), dont le principe était « construire un nouveau monde sans utiliser une nouvelle langue ». Bientôt, la publication de son premier recueil, Die gestundete Zeit (Le Temps accordé), suscite un large succès auprès du public et de la critique. À partir de 1961, elle publie de nombreux textes : Drei Wege zum See (Trois chemins vers le lac), Malina, et continue d’écrire de la poésie, parmi lesquelles Die Zerstörung der Welt durch die Liebe (La Destruction du monde par l’amour). Engagée dans le combat des écrivains d’après-guerre, tout en étant entourée par les femmes, elle explore souvent les questions de l’oppression subie par les femmes dans le monde moderne. Proche de Paul Celan, elle remet constamment en question, comme lui, la possibilité d’une création littéraire après la Shoah (génocide racial nazi). (Traduit depuis le communiqué de presse de l’exposition Anselm Kiefer « Météores », p. 16). Ainsi, chers amis de l’art ou amateurs d’art puissent avoir une connaissance et une compréhension plus complètes de l’exposition « Météores » d’Anselm Kiefer.