Balthus (1908-2001) – Représentant de la peinture figurative d'après-guerre
Jeune fille nue dans une chambre, 165x150cm, 1933, Musée national d'art moderne, Centre Pompidou, Paris

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Né dans une famille d'artistes, Balthus (1908-2001) a grandi au milieu des arts : son père était critique d'art et sa mère peintre. Dès l'enfance, il fut imprégné par ce milieu et rencontra tôt les peintres Bonnard et Tronchet. Il commença à peindre à seize ans et fit la connaissance du poète Rainer Maria Rilke en Suisse, développant ainsi sa culture humaniste personnelle. Ses premières œuvres furent influencées par Bonnard.
Plongeant profondément dans l'art, il apprit auprès des maîtres traditionnels, parcourant l'histoire de l'art avec admiration pour la rigueur classique de Piero della Francesca, puis Nicolas Poussin, jusqu'aux modernistes Cézanne, Seurat, Soutine et Utrillo. Plus proches de lui se trouvaient Ingres, le néo-classique, et Courbet, le réaliste. Synthétisant les éléments essentiels de l'histoire de l'art, il est un cas rare dans l'art moderne ; on pourrait légitimement le qualifier, selon la terminologie des années 1980, de « painting cultivée » ou de précurseur de l'art postmoderne, ayant jeté les bases d'un retour à la peinture traditionnelle et devenant le patriarche de cette tendance.
Balthus utilisait souvent des matériaux académiques traditionnels (huile, dessin, crayon de bois, aquarelle) et des techniques picturales classiques. Son style se divise en deux grands thèmes : les paysages et les figures d'intérieur, préférés aussi par Courbet. Dans des structures rigoureuses inspirées de Piero et Cézanne, avec des formes évoquant Ingres et Soutine, des scènes dramatiques rappelant Seurat, des paysages à la manière d'Utrillo et des structures colorées de Poussin, il capture parfaitement l'atmosphère unique de ses sujets. Par une contemplation intuitive de la nature, il forgea son style distinctif.
Dès sa première exposition personnelle en 1934, il montra des scènes quotidiennes empreintes de poésie et d'inquiétude (jeunes filles pures dans des intérieurs intimes). Cette mélancolie personnelle, bien sûr, doit être comprise à la lumière de son origine juive et des persécutions antisémites pendant la Seconde Guerre mondiale, où il changea son nom de Balthazar Klossowski en Balthus pour survivre.
L'ombre de la guerre et les tragédies raciales des années 1940 sont métaphorisées par un « érotisme amical », illustrant la phobie des espaces clos à travers des adolescentes amoureuses, corrompues, anxieuses, tourmentées, prenant leur bain, dormant ou semi-nues sur un canapé. Par exemple, dans Chambre (1954), une jeune femme nue, à l'adolescence amoureuse, gît abandonnée, les membres détendus, semblant attendre une violation sexuelle. Une lumière mystérieuse baigne son corps d'or, tandis qu'une main fantomatique suggère l'ambiance érotique (Note). Cette sensualité mélancolique sous-tend une violence imminente.
Avec le changement social et temporel, ses paysages des années 1960, proches de l'intuition orientaliste, transforment la tempête passée en mystère naturel. Que ce soit dans des compositions rigoureuses ou douces d'intérieurs, la pureté enfantine, romantique et poétique des adolescentes, ou les autoportraits et groupes dramatiques (fillettes jouant) dans des ateliers simples, révèlent la qualité intellectuelle unique de sa peinture, le distinguant nettement parmi les artistes contemporains.
(Note) : Références à l'art visuel d'après-guerre, page 68, Balthus, texte original de Lucie-Smith, traduit par Li Changjun, publié par Dalu Bookstore.