Nouvelles œuvres de Bertrand Lavier : exposition personnelle
nobili no-3 2018 180x139cm acrylique sur toile








Texte et photos / Chen Chi-Hsiang Dates : 18 avril - 25 mai Lieu : Galerie Kamel Mennour Bertrand Lavier (né en 1949) est l'un des principaux héritiers contemporains de Duchamp.
Il construit ses expositions par le détournement, la transformation et l'assemblage, manipulant les possibilités du langage symbolique des objets.
Son œuvre la plus représentative consiste à superposer deux objets : un réfrigérateur posé sur un coffre-fort, ou un canapé en forme de lèvres rouges vives sur un congélateur.
Ou encore, il s'approprie les traits pinceaux passionnés et tourmentés de Van Gogh ; tous les objets détournés (armoires métalliques, pianos, tables et chaises, réfrigérateurs, échelles en aluminium, bornes-fontaines, panneaux de signalisation, livres, voire miroirs) reçoivent une couche épaisse et homogène de couleur aux traits bruts et expressifs, imitant ainsi l'objet lui-même par la peinture, le rapprochant d'un modèle et de sa représentation.
Cela prolonge la pensée de Duchamp selon laquelle « c'est en réalité un ready-made lorsqu'il est peint via un objet fabriqué appelé couleur » (Note 1). Comment peindre ? Pourquoi peindre ? Quoi peindre ? Sur quel support ? Mur, bois, toile, papier, pierre, objet, etc.
S'agit-il d'une imitation réaliste ou d'une expression directe ? La peinture est-elle un savoir-faire, un acte, une attitude ou un concept ? Tout cela est possible, chaque artiste tentant d'explorer ces voies.
Bertrand Lavier choisit alors de peindre directement sur les objets, en suivant leur couleur (avec les traits de Van Gogh), les maquillant (comme si on vêtait l'objet d'un même habit). Simule-t-il la réalité ? Ou est-ce la réalité elle-même ?
Lorsqu'un ready-made est peint (ou « maquillé »), est-ce une reproduction de l'objet ? Le statut de l'objet étant modifié, est-ce de l'art ou un ready-made ?
Dans cette présentation de nouvelles œuvres, Bertrand Lavier approfondit la conscience latente de l'« objet maquillé », rendant l'objet plus mystérieux et subtil, réveillant l'objet endormi, libérant son espace imaginaire, rappelant la vitalité des couleurs pour devenir surface colorée ou abstraction géométrique.
Le « Piano Arard à trois pieds », dominé par le bleu prussien, avec touches violettes et disques rouges, laisse entendre dans cette palette éclatante le rythme léger de la musique pianistique, interprétant un mouvement lyrique bleu.
La framboise rouge tridimensionnelle du « John Deere Charrue » contraste avec son support vert émeraude, tandis que la « Arex Borne-fontaine » arbore le vert, les tuyauteries bleu clair et les boulons jaune terre.
Le « Vezelay Panneau de signalisation urbaine », aux tons brun, bleu et vert, forme une sonate de trois couleurs, oscillant entre réalité et imagination, figuration et abstraction, image et idée.
Le « Artengo Balle de tennis » bleu divise les lignes symétriques géométriques en abstraction géométrique ; le « Nobility Pile zinc-carbone », composé de framboise rouge par Tollens et Valenti, crée une abstraction de surfaces colorées chaleureuse et tempéré ; le symbole organique du « Nobility Pile zinc-carbone » est chargé d'images lyriques.
Une série tranchante et dialectique de néons verts, rouges et bleus : l'artiste attribue paradoxalement le titre « bleu » au néon vert, et « vert » au néon bleu, créant une nouvelle perturbation dans un concept anormal, voire contradictoire.
Quelle ironie y a-t-il entre le titre et la réalité ? Faut-il croire le texte ou ce que l'on voit ?
En 1935, le psychologue John Ridley Stroop expliquait : « Physiquement, la lecture se déroule dans la région occipito-pariétale du cerveau, tandis que le fait du nom et de la couleur utilise le lobe frontal ; cela suit une réaction temporelle, toujours soulignée par l'impact visuel des néons » (Note 2).
Bertrand Lavier, grâce à une finesse de pensée typiquement française, réalise son art sous la domination du concept.
L'art ne semble pas aussi difficile qu'on l'imagine ; il est si ingénieux et flexible, déduisant les domaines des objets et des couleurs, ouvrant continuellement le champ visuel et l'espace imaginaire du public, insufflant vitalité et énergie à la vie quotidienne, car la vie et l'art ne sont pas seulement deux faces d'une même pièce, mais l'interface de toute pensée.
La vie façonne l'art, l'enrichit, n'est-ce pas ? Déclaration de l'artiste : « L'un de ses principes les plus importants et fondamentaux est qu'il ne veut être le prisonnier d'aucun esthétique » (Note 3).
Notes 1 à 3 issues du communiqué de presse de l'exposition personnelle des nouvelles œuvres de Bertrand Lavier à la Galerie Kamel Mennour