La statue « Ibo » au caractère primitif, 93x23x14 cm, 2008, bronze
Une reproduction fidèle en bronze, comme la puissante « Statue à tête d'oiseau Toko », 66x7x55 cm, 2008, bronze
Le masque « Kongo » au style moderniste, 27x15.5x20 cm, 2008, bronze
La fresque traditionnelle sud-africaine « Nebele », semblable à une peinture abstraite moderne, 200x300 cm, panneau de terre cuite, 2008

Exposition personnelle de Bertrand Lavier : du 12 avril au 17 mai à la galerie Y Lambert. Bertrand Lavier (né en 1949) est l'un des artistes français les plus représentatifs de la sculpture-objet contemporaine. Héritier majeur de Duchamp et figure clé du Nouveau Réalisme, il excelle dans les pratiques postmodernes de reconditionnement, de vintage, de plagiat et d'appropriation. Maître absolu du langage symbolique des objets, son art repose sur des concepts de ready-made paradoxaux ou contradictoires. S'approprier un objet dépasse la simple création ; c'est une démarche optimiste qui, avant toute validation, confronte le monde des objets pour abolir la frontière entre vie et art, libérant l'œuvre des destinées imposées par sa nature matérielle.

Dans le sillage de l'art conceptuel des années 80, Lavier explore l'objet comme vecteur d'idées via l'appropriation, la simulation, la transformation, la juxtaposition et la combinaison. Son œuvre se divise en trois axes majeurs. Le premier s'approprie les traits gestuels expressifs de Van Gogh qu'il applique sur des structures et objets variés (armoires métalliques, pianos, tables, réfrigérateurs, échelles en aluminium, bornes-fontaines, panneaux de signalisation, livres, miroirs). Ces couches épaisses et brutales de couleur, dans un style résolument postmoderne, incarnent l'équation « Duchamp + Van Gogh = Lavier ».

Le second axe consiste à approprier deux objets ready-made, en inversant leurs fonctions respectives par leur assemblage (ex. : un réfrigérateur blanc sur un coffre-fort géométrique, un siège noir aérodynamique sur le réfrigérateur, un marteau noir sur une boîte de rangement beige, un placard blanc ou un piano noir sur un congélateur blanc, etc.). Cette inversion interroge la nature même de l'objet-sculpture : est-ce une anomalie formelle ou une œuvre ? Ici, l'équation devient « Duchamp + Duchamp = Lavier ».

Le troisième axe transforme des éléments architecturaux (portes et fenêtres en aluminium), sportifs (filets de volley-ball, lignes de terrain de basket) ou culturels (bandes dessinées Disney) en nouvelles abstractions géométriques. Apparemment libres mais rigoureusement conçus sous la direction conceptuelle, ces travaux démontrent que l'art n'est pas inaccessible. Il invite à une imagination vive où le quotidien nourrit l'art et l'art enrichit la vie, effaçant leurs limites respectives.

À l'ère de l'inflation culturelle et de l'image, Lavier libère ses pratiques de routine pour intensifier reconditionnement, vintage et appropriation avec une aisance déconcertante. Dans cette nouvelle série exposée, il reproduit fidèlement en bronze des statues célèbres issues de musées d'art primitif africain : la puissante « Statue à tête d'oiseau Toko », le masque Kongo au style moderniste, la statuette Ibo aux accents primitifs, ou encore la « Fresque Nebele » sud-africaine évoquant la peinture abstraite moderne.

L'artiste qualifie cette démarche d'« esthétique de la conversion ». En réalité, aucune conversion n'a lieu : reproduction à taille réelle, fonte en bronze, même geste d'appropriation. La seule différence réside dans la mise en scène spatiale spécifique. Ce changement minime rend le terme « conversion » quelque peu cynique, suggérant une création gratuite ou un tour de passe-passe. Cette approche correspond parfaitement à l'esprit capitaliste actuel — maximiser le profit avec un coût minimal — rendant tout discours purement artistique presque utopique.