Contempler l'esprit, parcourir les paysages
Paysage protégé 73,5x102,5 cm (vers 1832), conservé à la Gemäldegalerie de Dresde. Caspar David Friedrich (1774-1840) est le peintre romantique le plus singulier : alors que son époque peignait drames historiques et scènes humaines, il se retira…

Paysage protégé (73,5 x 102,5 cm, vers 1832), conservé à la Gemäldegalerie de Dresde. Caspar David Friedrich (1774-1840) est le peintre romantique le plus singulier : alors que son époque peignait des drames historiques et des scènes humaines, il se retira du monde pour s'immerger dans un monde spirituel, se concentrant sur la nature qui l'intéressait. Sous une émotion transcendante et poétique, il révéla la vitalité et les nouvelles perspectives de la nature. Son approche pure et inusuelle de l'art rejoint la pensée philosophique pure des penseurs allemands Kant et Schiller.
Friedrich étudia d'abord à Copenhague, puis vint à Dresde, centre humaniste de l'époque, où il s'immergea rapidement dans le courant romantique et devint ami avec Goethe. Après une grave maladie en 1810, il eut l'expérience miraculeuse d'une renaissance, menant une vie quasi monacale dans la nature. Cela lui apporta une grande illumination artistique ; il se consacra à la grandeur et au mystère de la nature, dont les scènes majestueuses évoquent souvent les mythes germaniques anciens.
Dans cette nature envoûtante et infinie, l'homme devient un rôle insignifiant, rompant avec la pensée centrée sur « l'homme » depuis la Renaissance. Dans ces scènes paisibles et mystérieuses, il exprime son art le plus pur et spirituel. Un contemporain décrivit ainsi : « Cher ami, je vais vous introduire dans les paysages de Friedrich... Ses œuvres suscitent autant de débats qu'un phénomène nouveau dans les arts visuels... Sa création diffère nettement des autres paysagistes par le choix des sujets... Ses paysages possèdent une mélancolie religieuse et un mystère qui touchent le cœur plus que les yeux. »
Paysage protégé : Cette vue panoramique majestueuse divise le ciel et le paysage en deux. Le point central est l'horizon. L'aube colore le ciel de bleu et d'orange, contrastant avec les collines lointaines. Une rangée d'arbres entoure un lac aux reflets aquatiques, où pointe un voilier symbolique (l'homme a disparu). La scène paraît vaste, élégante, silencieuse et transparente, baignée d'un air clair remarquable. Friedrich rend avec nonchalance les caractéristiques lumineuses du nord, créant uneétat spirituelle semblable à l'Éden.
Cette clarté atmosphérique distinctive devient le signe majeur de ses paysages. Sa femme raconta aux visiteurs : « Le jour où il peignit l'air, on ne pouvait pas lui parler. » C'est dans cet air, plus que dans tout autre élément, que l'artiste ressent une proximité avec Dieu, véritable sujet principal de ses œuvres. Ces paysages révèlent l'incroyable : l'homme ne peut que méditer, comme les figures ponctuant les toiles de Friedrich, souvent tournées dos au spectateur ou infimes, soulignant la petitesse humaine face à l'univers.