Christian Marclay, exposition personnelle « The Clock »
Exposition personnelle de Christian Marclay « The Clock » au Centre Pompidou











Texte et photos / Chen Chi-Hsiang. Lieu : Galerie Sud du Centre Pompidou, Paris. Dates : 17 mai – 2 juillet. Quelle heure est-il ? Chacun définit le temps selon son lieu. Affirmer que la Terre est plate renvoie-t-il à la simultanéité spatio-temporelle, ou à une métaphore d’un monde numérique où l’immédiat éclate en zéro, ou encore à l’attitude humaine dans un village mondial ? Le temps est-il localisé à Greenwich ou omniprésent ? Existe-t-il dans la conscience ou comme écoulement réel ? Est-il concret ou abstrait ? Si le jour compte vingt-quatre heures, qu’en est-il du temps psychologique ? Le temps est-il temporel ou intemporel ? Comme dit le Bouddha : « Toutes les apparences sont illusoires ». Le matériel se réduit en cendres sous l’effet du temps ; la vie, comparée à une flèche, a un sens distinct. Vivre dans le temps sans s’y limiter (ni temps ni corps), Hugo écrivit en méditation : « L’âme d’une personne est plus vaste que le grand univers » (Note).
L’artiste américano-suisse Christian Marclay est un créateur interdisciplinaire : musicien, performeur, vidéaste et plasticien. Héritier de l’avant-garde moderne — du « Do it yourself » dadaïste à Duchamp, Fluxus, Pop Art, cinéma expérimental et arts audiovisuels — il développe depuis trente ans des œuvres hybrides uniques. Il extrait des fragments de disques vinyles pour créer sa musique, ou utilise le détournement et le montage pour développer un art vidéo citationnel, construisant une esthétique typique de fragment-totalité.
« The Clock » est le monument emblématique de Marclay. Il a puisé dans l’histoire du cinéma toutes les images liées au temps, extrayant des classiques pour composer, par un montage ingénieux, une journée dramatique et magnifique de vingt-quatre heures. Il mobilise l’imagination temporelle de toutes ces images, ajoutant des situations citationnelles logiques. La performance ininterrompue (le Centre Pompidou a ouvert 24h/24 quelques jours) crée une simultanéité : l’heure affichée à l’écran correspond au moment présent. Le film (vidéo) répond ainsi au temps et aux émotions du spectateur. Réel et art s’entremêlent, exprimant sentiments et conscience humains dans les diverses situations de la vie.
L’autre aspect classique de « The Clock » réside dans la dimension sonore. Le son guide le spectateur vers la perception et l’émotion visuelle. Marclay assemble des extraits de dialogues de films existants — téléphones, tic-tac, pas, cris, rires, bruits de circulation, environnement, musique, battements de cœur — créant une musique rythmique qui captive l’attention.
Note : Voir le monde de l’encre moderne de Li Chongchong. Texte / Liao Runpei, 2014