Vue de l'exposition individuelle « Entre documentation et archéologie des ruines » de Cyprien Gaillard
L'une des œuvres de la série « Analogie géographique », 9 photographies instantanées, 65x48x10cm, 200-2011
L'une des œuvres de la série « Analogie géographique », 9 photographies instantanées, 65x48x10cm, 200-2011
Installation spatiale d'objets trouvés automobiles « Structures péruviennes », 2011

L'exposition personnelle de Cyprien Gaillard « Entre documentation et archéologie des ruines » a été présentée du 21 septembre 2011 au 9 janvier 2012 dans la salle 315 du Centre Pompidou. Texte et photos : Chen Chi-Hsiang.

Préface : Né en 1980, Cyprien Gaillard est un jeune artiste français qui, à peine trentenaire, a remporté le prix Marcel-Duchamp de l'art contemporain en France en 2010, se hissant parmi les nouvelles étoiles montantes de la scène européenne. Il perçoit le monde comme une forme de ruine, explorant les traces laissées par l'activité humaine dans la nature et les cycles d'ascension et de déclin des civilisations. Qu'il s'agisse d'époques anciennes ou modernes, de paysages naturels ou architecturaux, d'objets ou de matières, il contemple leur transformation sous l'effet du temps, où tout, qu'il soit détruit par l'homme ou soumis à la nature, finit par se dissoudre. Son intention est de révéler l'impermanence et l'insaisissabilité du monde matériel, mêlant sensibilité romantique et approche interdisciplinaire, allant du romantisme du XVIIIe siècle à l'art conceptuel et à l'art paysager modernes (notamment l'influence de Robert Smithson), pour plonger dans le désordre postmoderne.

Cyprien Gaillard est un archéologue moderne alternatif et un expert des données. Ses œuvres utilisent vidéo, photographie, objets détournés et actions. Bien que toutes nécessitent un travail de collecte et de fabrication sur le terrain, il se définit lui-même comme un « artiste intérieur ». Son point de départ artistique s'inspire de Denis Diderot : « Il faut une ruine de château pour servir d'objet intérieur ». Dans notre société post-industrielle actuelle, il observe les bâtiments industriels anciens et nouveaux, les objets abandonnés, les renouvellements urbains, ainsi que les sites historiques et patrimoniaux, qu'ils soient extraordinaires ou ordinaires, exotiques ou banals, proches ou lointains. Grâce à son observation aiguë et sa réflexion humaniste, il cherche à établir une perspective spatiale inhabituelle, nous invitant à dépasser nos visions habituelles pour décrire les signes d'une civilisation en voie de disparition. Gaillard n'a aucune intention romantique ou nostalgique ; il affirme : « L'intemporalité est ma façon de lutter contre la nostalgie sentimentale. » Il n'explore pas spécifiquement un passé révolu, mais invite plutôt le public à confronter les conflits, violences et chaos éternels du monde quotidien, posant la question : « Comme nous, vivons-nous dans nos propres ruines ? »

Les multiples significations de « UR » : L'exposition présente trois séries majeures. Dès l'entrée, deux blocs de marbre épais et précieux attirent l'attention : l'un contient des fossiles anciens venus de Tunisie en Afrique de l'Est, l'autre est un marbre bleu miroir récupéré lors de la rénovation du marché central près du Centre Pompidou, créant un contraste historique, géographique et valoriel. Le mot « UR » en majuscules y est gravé. Acronyme de « Underground Resistance », ce terme évoque plusieurs sens et références : le groupe de rock électronique rebelle de Detroit, ville industrielle américaine en déclin ; le « Renouvellement urbain » (« Urban Renewal »), symbolisant le progrès optimiste des villes depuis la révolution industrielle du XIXe siècle ; ou encore un lieu saint en Irak, berceau d'Abraham, devenu aujourd'hui une base militaire américaine, site photographié par l'artiste et intégré à la série « Analogies géographiques ».

Série « Analogies géographiques » entre documentation et archéologie des ruines : Le long des murs, dans des vitrines blanches disposées en rangées, sont présentées près de cent œuvres de la série « Analogies géographiques ». Chaque pièce est composée de neuf photos Polaroid disposées en losange, formant un fichier visuel. Ce projet, initié en 2006, couvre le monde entier, cherchant des images de possibles ruines : monuments, vestiges antiques et modernes, objets urbains, paysages naturels, cimetières, statues, etc. Des sites égyptiens aux temples d'Angkor, de Glasgow au Pérou, du Mexique à Moscou. Des fragments de ruines aux vestiges architecturaux modernes, des pyramides majestueuses aux temples athéniens, des sites incas aux statues romaines, des steppes caucasiennes brumeuses aux immeubles modestes des banlieues parisiennes. De la documentation objective à l'intervention subjective, l'artiste, par ses méthodes archéologiques, analyse, classe, édite et assemble ces éléments. Sous différents contextes culturels, historiques et de valeurs, confrontés à des formes et thèmes fortuits, de nouveaux sens émergent. La présentation rappelle un musée d'histoire naturelle, où les paysages deviennent objets, et les matériaux fragiles semblent presque squelettiques.

« Structures péruviennes » chargées de métaphores : Au centre de la salle trône une structure en grille métallique losangée supportant des racks de pneus de voiture, intitulée « Structures péruviennes ». Ces objets, ramenés directement du Pérou, sont détournés et transformés en sculptures. Leur architecture losangée fait écho à la série « Analogies géographiques », tandis que l'industrie automobile renvoie à l'évocation de Detroit liée à « UR ». Par cette démarche, l'artiste transforme la valeur intrinsèque des objets en œuvre d'art, ravivant les formes incas pour qu'elles deviennent un jour des signes civilisationnels. En face, un buste sumérien prêté par le Louvre symbolise le pillage occidental à l'époque coloniale. Les artefacts mondiaux sont conservés dans ses musées. Cette inversion temporelle offre une critique insolite du colonialisme : derrière la préservation des civilisations anciennes, on ne peut s'empêcher de penser au corps sans tête laissé après l'enlèvement du buste, illustrant la dualité inévitable entre conservation et destruction, telle que suggérée par Gaillard.