Musée d'art contemporain de New Tate - Exposition rétrospective de Damien Hirst : installation du requin blanc
Place devant New Tate - Œuvre sculpturale extérieure monumentale de Damien Hirst représentant une anatomie humaine
Grande enseigne de l'exposition rétrospective de Damien Hirst au Musée d'art moderne de la Tate en Angleterre
Pharmacie de Damien Hirst, installation d'objets, 1992
Sous-sol du Musée d'art contemporain de New Tate : autre espace d'exposition spécial dédié à Damien Hirst

Voyage artistique à Londres – Réflexions sur la rétrospective « Damien Hirst » : Lieu : Tate Modern. Dates : 4 avril au 9 septembre. Texte et photos par Chen Chi-Hsiang. La curiosité pour l’art contemporain ou les courants artistiques ne diminue pas ; continuer à explorer le présent et l’inconnu devient une énergie vitale. L’inconnu n’est pas l’inaccessible : avec curiosité et esprit d’enquête, on finit par voir clair. La confiance est nécessaire, l’effort indispensable, la patience requise, la persévérance seule révèle la vérité. Regarder est un plaisir en soi ; comprendre est autre chose. La connaissance peut être fragmentaire, mais les fragments tissent l’ensemble. L’art n’est pas seulement du savoir ; la perception et l’expérience présentes sont essentielles, indissibles de tout langage verbal. Ce qui peut s’expliquer n’est pas l’art, comme la main qui pointe la lune, ou comme l’état de vie : on dissèque le corps, non la vie elle-même. Voir, c’est témoigner du présent ; le présent est tout. Ensuite, cela devient mémoire. Le voyage est pareil : chaque instant n’est pas un fragment isolé, mais un tout existant. La vie mesure son existence dans l’entité physique.

Londres, comme Paris, est une métropole fashion, un grand centre touristique mondial, riche en musées, galeries et expositions sans fin. Outre l’art, de nombreuses expositions de design y attirent aussi ; c’est un lieu de promenade et un paradis shopping. Chaque visite à Londres me pousse à faire pèlerinage à la Tate Modern et à la Tate Britain, sanctuaire de l’art contemporain et indicateur des courants occidentaux modernes. Contrairement à la France, dont la politique culturelle privilégie la nationalisation (subventions et acquisitions), le Royaume-Uni fonctionne sous un libéralisme pur. La France reste trop française ; le Royaume-Uni est plus ouvert, si bien qu’il est difficile de trouver de l’art français hors de France, et inversement. Après des siècles de conflits, leurs histoires restent nouées ; il suffit de le comprendre.

Londres n’est pas ma ville préférée, mais elle a son charme. Elle élargit ma vision globalisée. À force de visites répétées, je ne suis plus un touriste naïf. Revisiter la Tate Modern et la Tate Britain suscite toujours excitation et curiosité ; se baigner dans l’art contemporain procure à chaque fois une sensation de renaissance. En mai, j’ai pu voir plusieurs grandes expositions et projets expérimentaux. La Tate Modern proposait alors trois rétrospectives : celle de Damien Hirst, celle de l’artiste italien de l’Arte Povera Alighiero Boetti, et celle de l’artiste japonaise Yayoi Kusama, mêlant art et hallucinogènes.

Parmi ces artistes britanniques stars, Damien Hirst domine par son côté spectaculaire et explosif, devenant l’attraction principale. Les foules ont été attirées par cette exposition, laissant presque vides les autres salles. En haut, l’exposition Boetti était vide, sans chats, ennuyeuse pour le personnel, mais profondément stimulante. Celle de Kusama, bien qu’exotique et hallucinatoire, n’a pas captivé les amateurs de spectacle. Faut-il chercher le spectacle ou l’art ?

En entrant, deux têtes de mouton réelles accueillaient les visiteurs, suivies d’une grande caisse abritant des mouches noires. Au sol, une tête de vache baignait dans une flaque de sang, les mouches paniquées créant une scène choquante. Est-ce effrayant ? On hésite à continuer. C’est comme un film d’épouvante. À gauche, dans une grande salle dramatique, un requin tigre coupé en deux, ainsi que des bovins et des ovins, étaient immergés dans du formol. Ces spécimens évoquaient le musée d’histoire naturelle : l’objet devient-il art dès lors qu’on l’y expose ? Croit-on ses yeux ? Voit-on la forme ou sa référence ?

Après ce choc, les grands tableaux colorés aux points visuels semblaient anodins. Puis vinrent les peintures poétiques de papillons, où la couleur devient objet trouvé, entre beauté et mélancolie. Dans le jardin des papillons, de vrais insectes volaient autour de toiles blanches collées de cocons et de traces d’ailes. Naturellement, ces toiles devenaient œuvres d’art, grâce à une imagination débordante. Sortir du jardin menait à une ancienne pharmacie occidentale. Des rangées de bocaux alignés transformaient la vente de remèdes en exposition d’objets artistiques. Vérifiait-on la fièvre ou l’œuvre ?

La peinture exige écoute et regard. De gigantesques vortex abstraits tournaient sans cesse, tandis qu’un ballon de couleur flottait sur une géométrie plane. Effet visuel saisissant, matériel et sensoriel. Une autre pièce ressemblait à une vitrine de pharmacie remplie de boîtes de médicaments et d’instruments chirurgicaux, entourée de spectateurs. Était-ce une opération ? Humour noir ou satire ? Incompréhensible, mais à voir. D’autres murs présentaient des billes bicolores disposées avec soin dans des vitrines miroir, offrant rêverie entre peinture et objet.

On se souvient des peintures de papillons, du jardin, puis de la salle de vitraux colorés. Ils étaient constitués de papillons découpés et assemblés avec une minutie exceptionnelle, une prouesse technique admirée, chef-d’œuvre de l’exposition. Rappelle-t-on le crâne en diamants vendu aux enchères récemment ? Première utilisation de cette matière noble. Ici, des diamants scintillaient dans des vitrines miroirs. Vente aux enchères ou art diamant ? L’art prime-t-il sur la valeur ? Dans l’art, la hiérarchie matérielle importe peu ; ce qui compte est ce qui est montré. Double valeur ici : l’art devient diamant sous le capitalisme financier, portant la valeur capitaliste. Art plus diamant vaut plus cher. Le diamant assure-t-il l’art contre les risques ? Quel calcul fait l’artiste ? Investissement capitaliste ou provocation ? Le parfum de l’argent dans les produits de luxe, vive le capitalisme ! Marx pourrait dormir paisiblement. Face à cet art guidé par le marché, nous devons examiner attentivement le sens et l’essence même du mot « art ».