Trois personnages dans une pièce, 198×147 cm, 1964, Centre Pompidou, Paris. Image issue de www.CentrePompidou.com

Le peintre britannique Francis Bacon (1909-1992) est l'un des artistes figuratifs les plus marquants de l'après-guerre. Influencé par le surréalisme, il déforme radicalement l'image humaine à la manière de Picasso et extrait une part d'irrationnel du sujet. Il exprime dramatiquement l'anxiété existentielle face aux multiples facettes de la vie, cette intention oscillant entre figuration et abstraction, souvent rendue par des images juxtaposées suggérant une continuité.

Cette série de triptyques chez Bacon débute avec Études de base pour un crucifiement (1944), devenant dès lors sa forme picturale distinctive. La juxtaposition de trois œuvres indépendantes offre trois perspectives différentes. Après ses interprétations des années 1950 consacrées à Velázquez et Van Gogh, Bacon revient dans les années 1960 à l'autoportrait et à ses amis comme sujets. Dans ce triptyque, un grand socle oval unifie l'espace en une vaste pièce où chaque panneau présente un individu moderne angoissé. À gauche, un corps nu lourdement assis sur les toilettes (portrait de son ami Diego) ; à droite, une personne tordue sur un banc, se grattant le dos (le peintre Frank); au centre, un corps impatient, le regard vide, une main nerveuse près de la bouche comme pour hurler, allongé indifféremment sur un canapé bleu profond : c'est l'autoportait de Bacon lui-même. Il écrivit : « La déformation rend parfois l'image plus puissante... C'est notre seule méthode pour transformer les sentiments et sensations de la vie. »