(Fig. 1) Vue de l’exposition Morellet. (Fig. 2 gauche) Peinture triangulaire 1952x4 no10, 2006, 160x280 cm – petite peinture originale 40x70 cm. (Fig. 2 droite) Peinture 1952x4 no5, 2006, 160x200 cm – petite peinture originale 40x50 cm. L’exposition personnelle de François Morellet « Quand j’étais petit, je ne faisais pas grand (Blow-up 1952-2007) » est présentée au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris du 20 juin au 9 septembre. Né en 1926, François Morellet est un artiste français pionnier ; dès 1952, il s’ancre dans l’abstraction géométrique de Piet Mondrian et l’art concret de Max Bill, tout en étant profondément influencé par les totems linéaires primitifs atlantiques. Dans son système objectif et rigoureux, la neutralité s’établit par la répétition logique et l’équilibre des lignes et formes géométriques, faisant dépasser la toile pour s’étendre jusqu’à l’infini, se situant entre l’op art et le minimalisme tardif.

Cette exposition personnelle est particulièrement ingénieuse : sur une base ludique, elle reprend onze petites peintures originales datant de 1952 pour les reproduire et les agrandir sous forme monumentale après 55 ans. Le thème « Quand j’étais petit, je ne faisais pas grand » indique clairement la démarche de l’artiste. Ce spectacle unique met en regard onze petites œuvres avec leurs versions agrandies. L’artiste souhaite également prouver sa diversité à travers deux grandes œuvres des années 1970 développées dans ce système de logique linéaire : Deux lignes qui s’influencent mutuellement (1971), installation spatiale constituée de seize tubes néon de 100 cm ; et trois tableaux monumentaux en noir et blanc à structure réticulaire aux angles de 0°, 30° et 60° (1975). Ces derniers, composés de huit panneaux de 400x200 cm, sont les plus grands de sa production ; dès l’entrée, le spectateur est absorbé par cette grille diagonale où il doit retrouver le système mathématique avant de s’en échapper.

La mise en scène est fascinante. Un mur blanc central crée une façade rythmique composée de onze murs de tailles variées, ouvrant l’espace global comme une installation environnementale typique des dernières années de Morellet. Sur cette façade, chaque petite peinture originale de 1952 (environ 40x60 cm) est suspendue, offrant une lecture rythmique musicale et poétique qui plonge le spectateur au cœur de l’œuvre. Ensuite, la série des onze grandes peintures (environ 160x280 cm) s’inscrit dans cet espace rythmé. L’abstraction géométrique systématique — lignes droites, horizontales, diagonales, croisées (réseau), cercles et triangles — ainsi que les couleurs étendent leur influence au-delà de la toile, créant une vibration visuelle et lumineuse envoûtante.

Ces œuvres, titrées 11 x 4 = 11 ou portant des numéros intrigants comme 1952x4 no10, gagnent en tension et poésie après 55 ans de reproduction ou d’interprétation. La géométrie mathématique y devient une loi éternelle, immuable face au temps et à l’espace. En trouvant l’origine, la destruction et la renaissance de toute chose coïncident. Contrairement à la mode passagère que l’on peut abandonner, la valeur de l’art traverse le matériel et le spirituel, franchissant le fossé temporel ; la vie n’est-elle pas ainsi ?