« Painted surface » de 2007, art du shopping ou art des objets.

Sur le piédestal de « Painted surface », des disques noirs en rangée contiennent douze grandes œufs d'autruche.

L'humour noir et l'esprit espiègle de « Heather legacy » (2007).

Telle une boutique de fripes, « Ambassade d'Auvergne », installation d'objets (2007). Exposition personnelle de Haim Steinbach : du 11 novembre au 5 janvier 2008 à la galerie Laurent Godin. Haim Steinbach est l'un des artistes les plus représentatifs du nouveau pop américain actuel ; il figure aux côtés de Jeff Koons dans l'époque des années 90 consacrée à l'objet. Concernant les ready-made de Duchamp, l'artiste Allan McCollum estime que « l'acte de Duchamp était radical à l'époque ; il a interrompu sans précédent l'esthétique ancienne et célébré la valeur esthétique de toute chose dans la galerie ». Puis Haim Steinbach soutient que « toutes les connexions sociales sont déjà présentes dans les ready-made de Duchamp ; désormais, ces connexions concernent globalement la fonction des objets dans le système artistique ». Aujourd'hui, le ready-made est devenu une tradition artistique et un régime dominant. Les artistes néo-pop excellent à manipuler ou à emprunter les objets prêts-à-porter, transformant Duchamp : comme le faux luxe de Jeff Koons devient finalement un vrai luxe. Ce que Haim Steinbach prépare à emporter devient ce qui est prêt à être collectionné. L'œuvre-placenta d'Allan McCollum. Ils transforment sans précédent les objets insignifiants de notre vie quotidienne en « œuvres d'art », passant de la consommation artistique à l'art de la consommation. Cet exemple de louange plutôt que de critique interroge notre relation aux objets ; ces objets quotidiens, populaires, produits industriels, collections, brocantes et souvenirs touchent tous à notre rapport global à l'existence dans le monde. Par sa présentation disposée comme des marchandises, Haim Steinbach compose avec ingéniosité la structure des objets du shopping, évoquant la mémoire de la vie actuelle et émettant un état d'esprit (même apparent), sans fin ni hiérarchie, invitant chaque spectateur à vaguer librement pour se confronter aux interrogations des œuvres et les lire par son propre analyse. Dans cette nouvelle exposition personnelle, Haim Steinbach présente trois œuvres, deux installations d'objets typiques personnelles, soit des objets exposés sur des présentoirs commerciaux aux tons bleu foncé ou vert foncé : « Heather legacy » présente sur le piédestal une citrouille diabolique dorée accompagnée de deux vases en forme de visages hurlant, un humour noir et espiègle, on peut imaginer qu'il s'agit d'objets commémoratifs d'Halloween. L'autre, « Painted surface », montre sur le piédestal des disques noirs en rangée contenant douze grandes œufs d'autruche, avec à côté un vase en porcelaine en forme de tour, une combinaison de formes et de couleurs excellente et subtile, assez poétique. La plus remarquable et dramatique de cette exposition est bien sûr « Ambassade d'Auvergne », une installation d'espace environnemental ; l'artiste supprime pour la première fois le piédestal et utilise pour la première fois de la nourriture comme matériau, suspendant ces jambons crus de la région française Auvergne dans l'espace, les quatre murs étant peints, sous les jambons se trouve une pile de sable fin, car le jambon organique continue sa transformation naturelle, les jus suintent continuellement ; le plus spécial est l'odeur salée et parfumée dégagée par le jambon lui-même, couleur, odeur et goût réunis constituent cette scène extraordinaire. Face à ces jambons en transformation naturelle, surgissent de nombreuses interrogations : la temporalité de la transformation naturelle des objets, attirent notre goût et notre appétit, ou éveillent un sens biologique plus profond de la naissance et de la mort. L'œuvre « Ambassade d'Auvergne » s'inspire du restaurant Ambassade d'Auvergne situé à côté de la galerie ; lorsque l'artiste est venu à Paris voir l'espace de la galerie, le propriétaire l'a conduit dans ce restaurant français authentique, l'idée étant née de la vue des jambons crus suspendus partout dans le restaurant. Haim Steinbach dit : « Ma première impression concernant cette œuvre est « olfactive », cependant, il est notable que je ne cherche pas seulement à saisir le sens du goût, mais cette vision extraordinaire (...) Ce qui m'a également frappé est le sentiment d'horreur et la peur de l'impolitesse, comme le bon et le mauvais goût simultanément. Je crois que c'est l'odeur qui a attiré mon regard (...) Mon installation sera tirée de l'odeur olfactive, comme cette matière organique continue à se corrompre et à se déconstruire, peut-on transcender la vie et la mort et atteindre une élévation ? Comme exposer un morceau de porc mort pourrait devenir une expérience plus subtile ? Évidemment, la culture agit comme une force puissante capable de transformer tout laid en beau, extraordinaire et offensant, ou le beau peut-il tomber dans l'amour bestial ? Une autre perspective, cette exposition apporte une amélioration combinant la corruption morte et la nourriture délicatement disposée. » (Cet entretien provient du communiqué de presse de l'exposition personnelle de Haim Steinbach)