Peinture 208×121.7cm 1948 Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, Paris

Pollock (J. Pollock 1912~1956), peintre américain des années 1950 le plus représentatif de l'action painting, fut influencé tôt par les grandes fresques mexicaines et les dessins sur sable amérindiens, puis, via le surréalisme, adopta en 1947 une peinture gestuelle (action), une abstraction libre et informe, créant par projection de gouttes. Comme le dit le critique Rosenberg : « L'action sur la toile » est « une action libérée des valeurs politiques, esthétiques et morales ». Dans cette image d'un nouveau monde optimiste, homogène et passionné, où se juxtaposent, se superposent et s'entrecroisent les couches de couleurs comme un réseau nerveux arachnéen, face à ce tableau monumental, notre projection visuelle s'intensifie pour errer et imaginer dans l'œuvre ; c'est ainsi que l'action painting de Pollock domine la scène artistique internationale. Son originalité réside dans sa capacité à priver la peinture d'espace perspectif dans l'homogénéité, orientant la tradition picturale européenne vers le nouveau monde américain fascinant. De 1950 à 1951, Pollock décrit son processus : « Mon travail ne commence pas par un croquis ou des contours de couleur. Je peins directement. J'ai l'habitude de peindre au sol... Je pose la toile à plat, me sentant très à l'aise, proche du tableau. Ainsi, je peux circuler autour, peindre de tous côtés, ou entrer dans la toile, comme les Amérindiens du Sud-Ouest faisant des dessins sur sable. Parfois j'utilise des pinceaux, mais je préfère les bâtons ; parfois je verse la peinture directement dans des boîtes percées pour qu'elle coule librement... J'utilise aussi sable, fragments de verre, ficelle, clous, pierres et autres objets étranges. La méthode picturale évolue naturellement depuis le besoin. Ce que je veux, c'est moins la renommée que l'expression de mes sentiments. » Le célèbre critique américain San Hunter explique bien le tournant de Pollock vers une conception plus personnelle de la peinture : sa « nouvelle signification fondamentale de la liberté » provient des techniques automatiques inattendues d'Ernst, Masson et Matta, ces surréalistes qui ont « freiné le formalisme strict de l'art moderne, élevant la force émouvante du hasard et de la contingence dans l'art, en faisant la première loi de la création ». Pour Pollock, la source de l'art est l'inconscient ; pour les surréalistes, l'inconscient est la source de la « métaphore symbolique », c'est-à-dire que la peinture n'est reconnue et distinguée des images perceptuelles ordinaires que lors de leur union irrationnelle.