Ballon Flower - Yellow 1995-2000, collection de l'artiste
Ballon Dog - Magenta 1995-2000, Fondation François-Pinault

Sous la statue de Louis XIV se dresse celle de Michael Jackson (1988, musée Astrup Fearnley). À cette époque, tout semble possible ; rien n'est impossible. Dans cet ère d'infinies possibilités, où le « impossible » devient « possible » (surtout dans l'art avant-gardiste et contemporain), des événements surnaturels se produisent sous nos yeux : chute du mur de Berlin, attentats du 11 septembre, tsunamis, séismes, crises financières. Qui aurait imaginé l'élection d'un président américain noir ? Qui aurait prévu la rapidité avec laquelle la crise financière mondiale balayerait le monde ? Qui sait ce que réserve le climat ou les crises énergétique et alimentaire ? Tout est arrivé.

À Paris, capitale de l'art, les stratégies d'exposition sont bouleversées. L'art contemporain pénètre au Louvre et au château de Versailles pour élargir les perspectives et attirer le public, intégrant l'art dans le tourisme et diffusant ses valeurs universelles. Cette approche renouvelle l'industrie culturelle et touristique, offrant de nouvelles motivations de visite.

Dans ce contexte prospectif, le château de Versailles a accueilli l'été dernier l'exposition personnelle de Jeff Koons, artiste pop américain. Le trône de Louis XIV cède la place au prince de l'art pop, transformant le palais en un parc d'attractions, au risque de vulgarisation, mais dans un but commercial clair. Les musées et châteaux fonctionnent désormais selon des logiques économiques, comme en témoigne l'exposition Picasso. Selon les statistiques officielles, Koons a doublé la fréquentation de Versailles (+500 000 visiteurs), bien que le calcul reste flou.

De nombreux touristes, surpris par cette programmation hors norme, se retrouvent face à des œuvres sans comprendre leur nature artistique. Une anecdote illustre cette tension : Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, descendant de Louis XIV, a intenté une action en justice et écrit au président pour dénoncer le manque de respect envers le roi défunt et la profanation du lieu, exigeant l'arrêt de l'exposition. Pourtant, dans un système mercantile dominant, l'argent prime sur le sacré. L'art devient un outil de divertissement et un levier financier, inversant sa vocation première au profit d'une rentabilité spectaculaire.