Toujours paisible : un avion civil dramatisé, réduit en morceaux sous le poids d'un énorme rocher (comme si une pierre avait heurté l'avion de manière inattendue), installation 2008
Évocation du légendaire Gilgamesh, roi mésopotamien du IIIe siècle av. J.-C., construction d'objet 1993

Poétique et pittoresque – « Chute de météorite pour guérir le ciel » (A meteoric fall to healen), construction d’objet, 2000. L’exposition personnelle de Jimmie Durham « Jeter des pierres » est présentée du 31 janvier au 12 avril à l’ARC, Musée municipal d’art moderne de Paris. Né en 1940, Jimmie Durham est l’un des artistes américains les plus alternatifs et singuliers de notre temps. Héritier de l’esprit dadaïste et du mouvement Fluxus des années soixante-dix, il pratique un art anti-forme, anti-art, performatif et conceptuel sous toutes ses formes : sculpture, installation, peinture, dessin, performance, vidéo et photographie. Fondé sur la conscience sociale et une vision globale de l’art, son travail affirme une pensée vitaliste. Il part toujours de matériaux naturels ou d’objets du quotidien détournés, transformant, assemblant et juxtaposant avec humour ou violence, créant ainsi une imagination hors norme qui révèle une critique séparatiste et impériale. À travers ces explorations, il souligne la liberté individuelle éternelle, évitant tout système.

Dans les années 70, Jimmie Durham a défendu les droits civiques des Amérindiens aux États-Unis. Son art, empreint d’humour et de violence, interroge l’identité personnelle avec une conscience sociale et une critique politique. Ses premières œuvres américaines tournaient autour de cette identité, comme « Es geht um die Wurst » (Il s’agit de la saucisse) (1992), où les contrastes thématiques entre les œuvres reflètent métaphoriquement l’identité et la conscience individuelles. Installé en Europe depuis 1994, il questionne sa propre démarche : est-elle contemporaine ou relève-t-elle d’une histoire ancienne ? Il abandonne progressivement son autobiographie pour adopter une critique générale, approchant les systèmes cognitifs traditionnels et construisant notre relation au monde. Dès lors, la « pierre » n’est plus seulement une métaphore ou un outil de résistance, mais devient un symbole architectural, tel un instrument de pouvoir, apparaissant de manière novatrice dans ses créations singulières.

Le thème de l’exposition, visible dès l’entrée, montre de manière dramatique un petit avion civil écrasé par un énorme rocher, réduit en morceaux (comme si une météorite l’avait heurté par accident). L’artiste nomme humoristiquement ce scénario catastrophique « Toujours paisible » (2008), ouvrant un espace imaginaire extraordinaire et poétique unique. Pour Jimmie Durham, la pierre est à la fois un outil d’action et un objet ; cela se retrouve dans la « Série Portrait Photographique » (1995-2006). Plus remarquable encore est son action performative consistant à frapper un vieux réfrigérateur américain pendant une semaine jusqu’à le défigurer, donnant lieu à la vidéo « Stoning the Refrigerator » (1996). Le réfrigérateur marqué par cette violence devient l’œuvre « St Frigo » (1997), où la pierre remplace le marteau comme outil de transformation. Une autre œuvre marquante, « A meteoric fall to healen » (2000), montre un siège classique écrasé par une météorite. L’artiste explique : « J’utilise souvent des objets artisanaux ; je me sers de la pierre comme outil pour modifier leur forme. Cette violence dans le travail devient le cœur de l’œuvre. »

Parmi les autres références historiques figurent « Gilgamesh » (1993), une sculpture composée d’un tuyau en plastique traversant une planche de bois surmontée d’une hache, évoquant la légende du roi mésopotamien du IIIe siècle av. J.-C. à travers les relations haut/bas, dedans/dehors, ciel/terre. « La Porte triomphale personnelle » (2003) transforme l’arc de triomphe européen en une version humoristique et personnelle de soi. L’artiste dit : « L’arc de triomphe est un produit unique des Européens ; j’ai essayé d’y insuffler un style personnel, plus ou moins distancié. » « En quête de bonheur » (2002) est une vidéo artistique dramatique interrogeant la relation entre art et société. Enfin, « Something perhaps a Fugue or an Elegy » (2005), monument composé d’objets divers, agit comme une machine vivante de signes quotidiens, oscillant entre objet et langage.