Statue d'Euphrosyne - Objet 2008
Statue de Thalie - Objet 2008
Big Boody - Tissu, installation d'objets 2007
Victoria - Tissu, installation environnementale d'objets 2008

Victoria textile-objet environnement installation in situ 2008 Joana Vasconcelos « Là où le noir est une couleur », exposition personnelle : présentée à la galerie Nathalie Obadia du 12 janvier au 1er mars. Joana Vasconcelos (née en 1971 à Lisbonne, Portugaise) est l'une des artistes de la nouvelle génération les plus représentatives du Portugal actuel. Dans cet art globalisé, il est rare de voir l'art contemporain portugais ; situé à la périphérie de l'UE, comme l'Espagne, le Portugal conserve des traditions culturelles et des coutumes fortes, notamment dans l'utilisation des couleurs. Le noir y devient le symbole d'une conscience de vie, associé à la tradition vestimentaire des veuves qui portent cette couleur distinctive. Aujourd'hui, dans toutes les publicités liées au Portugal, comme celles pour le vin de Porto, le noir domine, devenant ainsi l'emblème des Portugais. Lors de sa première exposition personnelle à une galerie parisienne, Joana Vasconcelos assume pleinement ce thème, « Là où le noir est une couleur », pour invoquer son essence locale.

L'an dernier, lors du Salon international d'art de Paris, j'ai remarqué la sculpture monumentale « Priscila » de Joana Vasconcelos aux Tuileries : un immense talon haut féminin construit avec des casseroles en acier inoxydable. Je suis donc ravi de découvrir son exposition personnelle. Les œuvres de Joana Vasconcelos se caractérisent par une sensibilité féminine fine et aiguë, explorant les complexités et sentiments intérieurs des femmes, tout en renforçant une identité commune entre le global et le local. Elle aborde de manière novatrice les questions d'identité féminine et les différences sociales. Ses créations intègrent clairement des objets symboliques et consuméristes issus de la vie quotidienne, ainsi que des codes culturels locaux. Elle utilise souvent une approche poétique et sensuelle pour critiquer ironiquement la société de consommation sous la mondialisation.

Cette exposition présente six œuvres monumentales, dont la féminité est la marque principale. « Cœur autonome rouge » est une installation objet-sculpture dans un espace indépendant : un cœur rouge vif et sensuel tourne sans cesse sur lui-même, accompagné de la mélodie légère et mélancolique du Fado portugais. Cette œuvre évoque le romantisme amoureux teinté de tristesse, reflétant soit l'amour maritime historique du Portugal, soit l'amour sous forme de consommation actuelle. Elle représente deux symboles culturels portugais : la musique folklorique mélancolique et le cœur légendaire de Viana. Inspirée de la tradition locale de Viana do Castelo (où les femmes portent de petits pendentifs en argent ou or), elle est réalisée en plastique grâce à un savoir-faire artisanal traditionnel, le rouge symbolisant l'amour et la passion.

Dans la grande salle, l'installation textile molle « Victoria » attire l'attention par sa forme monstrueuse et entièrement noire, enveloppant les spectateurs. Sa forme inhabituelle dépasse l'imagination, rappelant un reptile organique ou un monstre légendaire. Avec ses multiples textures noires (brillant, mat, rugueux), elle se divise en deux parties : une partie s'enroule au sol comme une étoile de mer noire polygonale, tandis que l'autre corps se dresse suspendu, formant une tête irrégulière ressemblant à celle d'un monstre, ornée de cheveux tombants et tordus, avec des accessoires pendouillant jusqu'au sol, créant une image étrange. Ici, l'artiste souligne l'indescriptible nature féminine et l'état d'esprit insaisissable. La finesse du tissage traditionnel portugais ou méditerranéen metsuffisant en valeur ces traits identitaires.

« Big Booby » est une autre œuvre textile souple, ingénieusement conçue à partir de couvertures tissées multicolores formant une sculpture objet semi-circulaire. Disposée en cercles concentriques infinis, elle est suspendue au mur par six pieds symétriques, créant une forme grandiose. Ces cercles colorés envoûtants plongent le spectateur dans une conscience psychologique profonde et une perception poétique. Vasconcelos réutilise ici des objets de la vie sociale, actualisant la tradition en art contemporain. Suivent trois sculptures inspirées de statues classiques grecques : « Euphrosyne », « Thalie » et « Aglaia ». Ces nymphes mythologiques représentent l'élégance, l'esthétique et la sensualité féminines, incarnant aussi le concept de femme-objet. L'artiste habille ces statues de broderies traditionnelles portugaises, leur insufflant une nouvelle magie et vie, transformant la femme libre et sensuelle en une image satirique.

Enfin, le thème de la nouvelle ère électronique « www.fatimashop » combine vidéo et objet : un petit camion tricycle transporte une série de statues de Notre-Dame de Fatima. Vasconcelos explique : « Vous avez la Tour Eiffel à Paris, nous avons les statues de Fatima au Portugal. Symbole national dénué de signification culturelle actuelle, devenu objet de consommation. » Une projection murale montre le documentaire de l'artiste conduisant ce camion chargé autour de Lisbonne. Elle révèle cette image sociale non pas comme religieuse, mais comme lien populaire et critique envers l'idée de profit.