Malevitch (K. Malevitch) : Le Carré noir et la Croix noire
Malevitch (K. Malevitch), Carré noir, 36,7 × 36,7 × 9,2 cm, 1923-1930, Centre Pompidou




Malevitch (K. Malevitch, 1878-1935) est un peintre russe, l'un des artistes les plus légendaires et les plus remarquables de l'art moderne du XXe siècle. Sa clarté intuitive et sa retenue lui permettent d'atteindre la pureté absolue de l'art. En 1913, il fonde le suprématisme, affirmant que la réalité artistique réside dans l'effet sensible de la couleur elle-même. Cette position radicale rejette toute imitation de la nature et affirme que l'abstraction géométrique atteint une « forme zéro » dans la non-objectivité.
Dans la culture chrétienne occidentale, la croix n'est pas étrangère ; elle entretient une relation intime avec la vie quotidienne, symbolisant à la fois la conscience religieuse et la mort. La croix noire, symbole formel pur de Malevitch, ne serait-elle pas le reflet le plus authentique de cette culture ? Dans cet art non objectif, la croix n'annonce-t-elle pas la mort de la peinture traditionnelle et la naissance d'une nouvelle ère artistique ?
Le carré, le cercle, le rectangle et le triangle sont les mères de toutes les formes géométriques, résultant de la cohérence formelle du suprématisme et de l'art non objectif. Dans son essai Le Monde non objectif, Malevitch écrit : « En 1913, je voulais libérer l'art du fardeau des objets inutiles. J'ai utilisé le carré et exposé une œuvre où, sur fond blanc, seul un carré noir apparaissait... Je n'ai rien inventé, j'ai senti la nuit en moi. J'ai entrevu quelque chose de nouveau, que j'appelle suprématisme. » Ici, seule la surface du carré noir est présente.
Cette expérience me remplit d'une timidité mêlée d'inquiétude, surtout lorsqu'il s'agit de quitter ce monde ou de représenter... Je subis cette épreuve avec satisfaction pour libérer l'objet, me conduisant souvent vers des déserts plus lointains. Là, il n'y a plus rien d'autre que la sensibilité véritable, dont la perception devient l'essence même de ma vie. Le carré n'est pas une forme inconsciente, mais une création issue de l'intuition rationnelle... Face à un nouvel art !... Le carré est une renaissance solennelle et vivante... C'est le premier pas de la création pure dans l'art.
Ce texte mentionne également les projets architecturaux tridimensionnels du suprématisme, dérivés du système carré, incluant Rond noir (1923) et ses peintures figuratives tardives comme L'Homme qui court (1933-1934).