Lee U-Fan : Rétrospective et exposition personnelle
Avant - Relatum - Counterpoint, installation d'objets, 2004. Après - Dialogue, 218x291 cm, huile sur toile, 2009.



Dialogue, 218x291 cm, huile sur toile, 2009. L'exposition personnelle de Lee U-Fan « Peinture et sculpture » est présentée à la galerie Thaddaeus Ropac du 3 septembre au 2 octobre. Né en Corée en 1936, Lee U-Fan est l'un des artistes les plus célèbres de son pays et le fondateur ainsi que le théoricien principal du groupe japonais Mono-ha (École des objets) dans les années 60, dont il constitue l'âme.
Dans le sillage des tempêtes pop art, néo-dadaïsme et minimalisme, un nouveau mouvement artistique émerge à Tokyo en 1969-1970 : le groupe Mono-ha. Pour eux, le sujet « objet » ne désigne pas n'importe quel objet arbitraire, mais les caractéristiques essentielles de la chose elle-même ; l'objet est ce qu'il est, sans autre fonction, ni représentation, ni support conceptuel. Ils retournent aux valeurs fondamentales de l'essence humaine, mêlant primalité, organicité et attention à la matière originelle. Le théoricien du Mono-ha, Lee U-Fan, écrit : « Nous devons comprendre le monde tel qu'il est, sans passer par le médium habituel de la transformation picturale, car cela va à l'encontre de l'humain » (Note 1).
Le groupe japonais Mono-ha n'est qu'une appellation générique ; ils n'ont ni manifeste officiel ni déclaration commune, formant plutôt une équipe informelle unie par la création autour de la « matière », explorant chacun sa propre singularité. Leur relation intime repose sur l'environnement originel et l'utilisation des qualités fondamentales de la matière. Ils privilégient les matériaux naturels : pierre, terre, bois, coton, marbre, néons, miroirs, cordes… Parfois modifiés, ces matériaux révèlent principalement leur énergie brute.
Leur approche ne vise pas la reproduction de la matière ; les œuvres du Mono-ha sont avant tout une critique symbolique. L'artiste, agissant sur la nature dans une double permission d'image entièrement extérieure, fonde l'esthétique de Lee U-Fan sur les relations entre le zen et le taoïsme. L'artiste doit suivre l'essence des choses orientales, leurs éléments purs. L'art célèbre l'environnement, partant de ce fait naturel pour engendrer toutes choses. Ainsi, dans la série « Relativity » de Lee U-Fan depuis 1969, des éléments naturels (pierre, verre, terre, tôle de fer…) se combinent avec des objets manufacturés dans des éléments invariants. Les artistes du Mono-ha ne réclament pas le droit d'un créateur ; développant leur forme dans cette non-création créative, ils voient les fragments du monde comme un tout.
Invité à l'Académie des Beaux-Arts de Paris en 1997 et ayant présenté une rétrospective au Jeu de Paume, Lee U-Fan a tissé des liens avec Paris, oscillant entre la capitale française et Tokyo. Actif sur la scène européenne, le Musée d'Art Moderne de Saint-Étienne lui consacre une grande rétrospective en 2005, suivie l'année dernière par celle du Musée Royal des Beaux-Arts de Bruxelles, confirmant l'accomplissement artistique de toute une vie.
Cette exploration artistique orientale, imprégnée de zen et de taoïsme, constitue un style unique en Europe. Dans cette nouvelle exposition personnelle, deux sculptures monumentales minimalistes occupent le grand espace : « Relatum - Silence », une plaque de fer de trois mètres appuyée contre un mur, face à une pierre naturelle, évoquant la solennité d'un autel ; et « Relatum - Response », une plaque de fer carrée d'environ 1,5 mètre posée au sol, précédée d'une pierre stable, rappelant l'aménagement d'un jardin japonais. Sous cette métaphore sobre et rigoureuse, pleine d'état d'esprit oriental et de perspectives philosophiques, les objets, dans leur essence brute, expriment une valeur esthétique hors norme. Quatre grandes toiles blanches intitulées « Dialogue » sont présentées face à face sur deux murs blancs, montrant avec rigueur des coups de pinceau énergiques et lumineux numérotés un, deux, trois. Dans un vocabulaire minimaliste condensé, elles révèlent la nature et la vérité de la peinture elle-même, suscitant un écho profond et remarquable.
Dans la salle carrée du sous-sol, l'artiste trace directement au centre d'un mur un large coup de pinceau chargé d'énergie, remplissant l'espace de vitalité et d'ethéréité, soulignant un zen invisible mais palpable, figé dans cet état daoïste où le Dao qui peut être nommé n'est pas le Dao éternel, formant ainsi une résonance spirituelle.
La peinture mécaniquement intérieure de Lee U-Fan, combinant coups de pinceau minimalistes et spirituels, crée une vibration esthétique, une réverbération profonde et silencieuse où l'on perçoit une énergie substantielle concrète. L'artiste explique : « Si l'on frappe une cloche, le son résonne dans l'espace. De même, si l'on pose un point chargé d'énergie spirituelle sur la toile (ou le mur), son énergie résonne et vibre dans l'espace environnant vide (…) Une œuvre d'art est un paysage là où elle se forme et ne se forme pas, là où elle est peinte et non peinte, tous intimement liés comme des formes de résonance mutuelle. »
Note 1 : « Écoles et mouvements depuis 1945 », par Hervé Gauville, éditions Hazan, Paris, 1999, p. 146.