Lucio Fontana, « les spatialistes »
Symphonie spatiale (T-104) 1958, Musée national d'art moderne, Centre Pompidou





Né en Argentine en 1899 de père italien et de mère argentine, Lucio Fontana étudie à Milan auprès du sculpteur symboliste Adolfo Wildt. En 1938, il participe à une exposition futuriste ; Marinetti qualifie son œuvre expressionniste d'« abstraction cosmique ». Il publie le « Manifeste blanc » à Buenos Aires en 1946, dans un esprit polémique et utopique. Après s'être installé à Milan en 1947, il présente ses « Symphonies spatiales » en céramique et bronze, ouvrant un espace spirituel utopique qui deviendra le cœur de sa pratique.
En 1949, il publie le « Deuxième manifeste spatial », explorant la relation entre l'œuvre, l'environnement et le lieu, et commence à utiliser des néons. Il affirme : « Nous continuons la révolution artistique », rejetant la toile peinte et le plâtre au profit d'une art unifiant temps et espace, incluant la quatrième dimension. En 1950, il réalise sa première « Symphonie spatiale » percée, ancrant le « Spatialisme » comme thème principal, mêlant conquête scientifique et cosmos.
Fontana lie corps et inconscient dans le surréalisme, exposant à Paris des environnements de lumière noire invitant à un voyage cosmique. En 1951, il publie le « Manifeste technique » et collabore avec Jan Van der Marck, créant des œuvres intégrant lumière et mouvement. Il expérimente alors avec du verre coloré et des pierres incrustés pour briser les limites physiques.
Les « Symphonies spatiales » de 1952 et 1956 utilisent l'installation pour créer des illusions optiques : vues de loin, elles évoquent des vaisseaux spatiaux flottant dans les étoiles ; de près, on découvre des trous et des incrustations de verre jaune. Ces perforations transforment l'illusion picturale en célébration poétique des astres.
En 1956, Fontana perce et coupe ses toiles avec violence, passant du plan à l'objet, de la 2D à la 3D et à la 4D. Il explique : « Je ne peins plus, j'ouvre l'espace pour créer un nouveau volume cosmique... L'art prend fin ici. » Cette approche radicale mène à des coupes pures, détruisant la surface pour révéler le volume et le mystère.
Dans la série « Nature » (1959-1960), il crée des sphères en terre cuite aux grandes perforations volcaniques, exprimant le temps et l'espace. Plus tard, ses « petits théâtres » comme Espace de l'espace (1965) atteignent une esthétique extrême. Fontana repousse les limites de la peinture et de la sculpture, faisant de l'espace lui-même la substance de l'art.