Martin Barré L'infini à la limite - Exposition personnelle « 91 »
Martin Barré 91-44x200-B 44x200 cm 1991







Martin Barré, L'infini à la limite – « 91 » :
Du 4 septembre au 9 octobre, galerie Nathalie Obadia. Martin Barré (1924-1993) est l'un des représentants les plus marquants et les plus rares de la peinture abstraite minimaliste française des années 1970, dont l'œuvre produit un effet similaire à celui des Américains Robert Ryman et Agnes Martin. Sa pratique picturale explore l'essence même de la peinture : forme, geste, série, suspension dans l'espace. La ligne et la forme sont ses éléments syntaxiques fondamentaux, servant de structure possible d'agencement dans l'image et l'espace environnant. Le peintre explique avec prudence : « Ma peinture ne vise pas à transmettre un état spirituel ; j'utilise une règle, une règle de manifestation (…) etc. »
Formé à l'architecture avant de peindre, Barré fut profondément influencé par cette discipline dès le début de sa carrière. Dès 1948, il réfléchit aux questions centrales de l'art moderne soulevées par Mondrian et Malevitch, ce qui l'amena dès 1954 à explorer les mystères du modernisme – l'art abstrait –, notamment les problèmes d'espace, de forme, de surface et de fond. À la fin des années 1950, il visita les Pays-Bas, terre natale de Mondrian, et simplifia progressivement ses toiles jusqu'à leur forme minimale, ne conservant que des symboles linéaires contrastés en noir et blanc. Il commença à laisser du vide sur la toile, établissant ainsi la relation entre la peinture et l'espace. Par exemple, en 1962, il assembla quatre tableaux de tailles et formes différentes comme un plan composite, traversé par une seule courbe noire fluide et incomplète unifiant l'espace blanc. Cette œuvre, pleine d'espace imaginaire, allie lyrisme et sensibilité à une structure rigoureuse verticale et parallèle.
À partir de 1963, Barré chercha radicalement une neutralité et une objectivité picturales. Sur les toiles laissées blanches, il appliqua directement de la peinture en spray pour tracer des courbes ou des lignes parallèles sensibles. Il déclarait : « Lorsque je peins directement au spray, ce n'est pas parce que je m'intéresse au spray, mais pour effacer les traces de mes couteaux et pinceaux précédents. Le spray permet de réduire au minimum la densité. » Les lignes obtenues étaient effectivement plus flexibles et sensibles, animées d'une vitalité et d'une tension autour de leurs contours. Avec les séries « Taches » (1967) puis « Flèches », ces symboles moins lyriques constituèrent une expérience picturale rigoureuse. Il affirmait : « La peinture est une manifestation de l'instant ; le travail du peintre consiste en cette présence immédiate : manifestée ou non (…) Dans cet instant, l'air, la lumière, et certaines choses non figées (froid–chaud, clair–obscur) apparaissent ; l'image doit s'opposer au solide, se cristallisant à l'instant. » Tout cela s'inscrit dans les caractéristiques esthétiques du minimalisme.
Dès les années 1970, il construisit des séries explorant des carrés géométriques formés par des lignes verticales et parallèles suggérées, principalement sur des toiles blanches carrées. Au début (1972-1973), il restait dans le contraste noir et blanc. À partir de 1974, des lignes colorées poétiques prirent le relais, utilisant le bleu et le brun pour exprimer la sensibilité. Ces lignes parallèles ou diagonales divisaient les surfaces, créant avec la forme carrée une structure et un espace rigoureux, harmonieux et parfait, tandis que la structure diagonale portait une énergie visuelle subversive. Dans la série « Renault » (1977-1978), les lignes géométriques sensibles s'étendirent à des aplats de couleur géométrique. Toute la série poursuivit la structure diagonale, la toile devenant la structure principale de l'image globale, continuant la construction verticale et parallèle inspirée de l'architecture.
Dans les années 1980, il affirma davantage le passage des points et lignes colorées aux surfaces colorées, variant les triangles ou carrés, ajoutant parfois des pentagones aux couleurs chaleureuses. Sur des toiles carrées ou rectangulaires, il approfondit l'exploration des lignes verticales et parallèles, construisant des formes géométriques (carrés, triangles, rectangles) dans un espace propice à la contemplation. Son œuvre dégage une élégance typiquement française, chargée d'une beauté métaphysique, érigeant un autre modèle de l'art minimaliste français entre rationalité et sensibilité.
La série « 91 » constitue le chef-d'œuvre tardif de Martin Barré. Ce cycle culminant, présenté pour la première fois lors de la Biennale de Lyon en 1991, n'avait jamais été exposé dans son intégralité auparavant. Comptant dix œuvres, elle établit une relation intime et novatrice entre la couleur, les lignes de bordure et l'espace. Depuis les années 1980, la couleur était devenue plus précise et contrastée, les aplats mieux définis. Dans cette série « 91 », il utilisa des couleurs sable comme support principal, rendant la matière plus substantielle et douce, les surfaces colorées plus affirmées et poétiques, rehaussées de lignes grises sur les bords. Les toiles carrées furent remplacées par des formats horizontaux. Les œuvres furent suspendues selon une position picturale affirmée, plus haut que la ligne de vue habituelle. La peinture devint objet ; la forme et l'image géométrique se reflétaient mutuellement, étendant l'espace global de l'exposition par suggestion formelle. La toile devint ainsi le vecteur principal d'un espace architectural idéal et matériel.