Série II : La vie quotidienne d'une femme au foyer ordinaire, 24 heures sur 24, chaque toile mesure 51x48 cm, 1971
Série I : Peinture d'icônes, chaque toile mesure 92x73 cm, 1988
Série de sculptures utilisant le crâne blanc comme objet – métaphore de l'apparition fantomatique de la mort du corps – objectif Cercle central, diamètre 140 cm, 1980

Détails de l'installation sculpturale et objet Totems du pouvoir républicain, critique du régime et des symboles français, 180x50x60 cm, 1985. Exposition personnelle de Michel Jorniac, « Les Icônes actuelles », présentée du 24 avril au 31 mai chez Patricia Dorfmann. Michel Jorniac (1935-1995) est l'un des artistes les plus représentatifs de l'art corporel français. Contrairement à Gina Pane qui explorait la douleur et la violence auto-infligées, il adopte une approche humoristique pour interroger la psychologie sociale via le langage corporel, se distinguant comme l'un des artistes majeurs de la vague body art des années 70.

Après des études en philosophie et esthétique, Jorniac affirme rapidement que le corps est un médium artistique à part entière. En 1969, dans son premier acte corporel Piège pour le spectateur, il présente une performance où il est nu, enfermé dans une cage illuminée de néons colorés, accompagné d'une photo nue d'un couple aux têtes creuses. Les visiteurs pouvaient y glisser leur tête, déclenchant un flash comme pour une photo, révélant ainsi un voyeurisme direct et testant les attitudes face à la sexualité. Une autre œuvre marquante est Messe pour un corps : lors de cette cérémonie simulée en galerie, l'artiste officie une messe dont l'hostie est mélangée à son propre sang. Ce rituel religieux corporel exprime une volonté de transmission absolue, brisant les tabous sociaux et religieux pour accéder à un domaine sacré de l'art.

Comme Jésus partageant sa chair, ce sacrifice suggère que le christianisme incarne la dernière forme divine. Le corps sert souvent de moyen d'expiation sociale, comme l'a clairement montré Joseph Beuys, soulevant des questions sur les normes sociales. Cette volonté de dédier vise à ouvrir le corps individuel au corps social, brisant l'intimité car le corps dans la société réelle est solitaire et impuissant. Jorniac insiste sur la matérialité du corps pour établir une nouvelle possibilité de dialogue.

En 1970, Enquête sur un corps condense le corps sous les produits sociaux et psychologiques, analysant sang, urine, vêtements et ossements comme traces de l'existence humaine. En 1971, Piège pour la peine de mort prend position contre la peine capitale avec une guillotine blanche. En 1972, Piège pour un travesti montre l'artiste déguisé en femme, une performance photographiée qui mène à son chef-d'œuvre de 1974, La Vie quotidienne d'une femme au foyer pendant vingt-quatre heures. Cette série photographique documente la vie banale d'une femme au foyer (ménage, enfants, tâches domestiques), offrant un récit visuel narratif semblable à un film.

En 1972, Hommage à Freud voit Jorniac imiter ses parents pour critiquer la mythologie des rôles. En 1973, Contrat pour un corps expose trois squelettes (un vêtu de blanc, un doré, un allongé), invitant le public à abandonner son corps que l'artiste transformera en œuvre. En 1976, Rituel de la mort utilise le corps comme objet d'étude des rites de vieillesse et de maladie, proposant une critique sociologique. Dans les années 80, Journiac utilise des squelettes blancs comme sculptures métaphorisant la mort du corps, suivis par l'action rituelle de la métamorphose en 1983.

La série Icônes actuelles peint des portraits de figures contemporaines (Antonin Artaud, Jean Genet, Billy Idol, James Dean, Franz Kafka, Malik Oussekine, Michael Jackson, Arthur Rimbaud, Marlene Dietrich, Marilyn Monroe) sur un fond d'or mêlé au sang de l'artiste. Enfin, Totems du pouvoir républicain (1985) critique le régime et les symboles français. Emmanuelle Lequeux note qu'étudiant en théologie, effrayé par la violence équivalente à la douleur personnelle, il devient peintre et crée une attitude radicale mêlant art corporel et art social, le plaçant au rang de Beuys et Boltanski. Il traite de l'argent, du sacrifice, des femmes, de la peine de mort et des relations privé/public, abordant aussi le sida. Pour elle, son travail rejoint celui de Michel Foucault : l'art et la philosophie y sont des outils pour analyser le fonctionnement de la réalité.