Installation peinte sur mur, dimensions variables, 2009
Explorer la limite ultime de l'essentiel, créer toutes les possibilités possibles dans l'impasse de la peinture, 200x20cm, 2009

Pinceau n°5, application espacée de 30 cm. Détail de la peinture, 2010. Exposition personnelle de Niele Toroni « La fin de l'image : Marquer sa position », du 9 janvier au 7 février à la galerie Yvon Lambert. Il s'agit de la dix-neuvième présentation de l'artiste, encore vigoureux, dans cette même galerie. Têtue et invariante, son approche explore à nouveau les abysses infinis de l'art, poussant la peinture à ses limites extrêmes, jusqu'à en faire le point mort où se cristallise toute possibilité.

Dès Duchamp, l'impossibilité de la peinture était soulevée : dans la société contemporaine, le peintre est remplacé par la couleur et l'appareil photo, donc par la machine. Duchamp ironisait ainsi sur les peintres qui n'avaient plus besoin de moudre leur chocolat, se présentant comme des célibataires. Lorsque la peinture moderniste se réduit à une question de surface, comment peindre ? La peinture devient-elle un problème ? Quelle est sa nature ? Au début des années 60, épuisée par l'ascétisme, elle semblait agonir. La peinture est-elle un acte, une attitude, une trace symbolique, une dialectique intellectuelle, ou bien une peinture qui n'a plus besoin d'être peinte ?

L'artiste minimaliste américain Sol LeWitt affirmait : « Il existe plusieurs façons de construire une œuvre d'art. L'une consiste à prendre des décisions pour chaque état ; l'autre est de créer un système décisionnel. Cela peut être aussi efficace qu'une méthode non logique (hasard) dotée d'une certaine organisation ». Le groupe français BMPT a quant à lui validé la logique systématique pour définir une nouvelle identité artistique, mettant fin à l'image sous forme de traces singulières et interrogeant la peinture via des symboles conceptuels marquants. À travers une attitude radicale, ils ont exploré la véritable nature de la peinture. Ce collectif, qui n'a duré moins d'un an mais a exposé sept fois, a laissé des échos dans l'art radical des années 70.

Le groupe BMPT, mouvement d'avant-garde apparu en France au milieu des années 60, est l'un des plus radicaux après le Nouveau Réalisme. Fondé le 24 décembre 1966 par Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni, il tire son nom de leurs initiales majuscules. Ils réactivent l'expérience de la peinture formaliste américaine sous un angle politique et sociologique, critiquant la peinture traditionnelle et renversant les normes établies pour repenser la globalité de la peinture (acte, expression, support), marquant clairement le terrain du conceptuel et du minimalisme.

Niele Toroni (né en 1937) est, avec Daniel Buren, l'un des artistes les plus internationaux du groupe BMPT et sans doute le plus radical et fascinant. Dans le processus de purification formelle du modernisme occidental, son œuvre est la plus épurée et minimale. Comme l'écrit le critique Benjamin Buchloh : « En réductionnisme, comparé à Stella, Toroni dépasse d'un cran supplémentaire ». Pour lui, la réponse est claire : peindre, c'est appliquer de la couleur avec un pinceau sur un support (papier ou toile) pour y laisser une trace. L'acte prime sur le résultat ! La peinture cherche-t-elle un vocabulaire unique, devenant ainsi l'identité de l'artiste ?

Toroni présente ce type radical dès 1965, non pas comme une innovation formelle, Arman ayant déjà empilé des ready-made identiques ou Warhol reproduit des images. C'est en 1966 qu'il établit son programme vital : tel un art conceptuel systématisé, il utilise un pinceau n°5 sur fond blanc, avec une seule couleur (noir, bleu foncé), appliquée tous les 30 cm, répétant ce motif sur toute la surface. « Depuis 1967, je joue le rôle du peintre ; je fournis l'application du pinceau n°5, espacé de 30 cm. Ce n'est jamais la même chose ».

Depuis 43 ans, Toroni pratique inlassablement cette création idéale, menant l'acte de « peindre ». Il assume ce qu'il appelle le « zéro de la peinture ». L'action fondamentale produit l'œuvre : le concept prime sur le but expressif. Il nomme cela « travail de peinture ». Ses œuvres, liées à tout contexte, cherchent à rendre visible la peinture « ici et maintenant ». Un acte immédiat, transformant le lieu et offrant au spectateur un travail continuellement renouvelé par la perception. Avec humour, il explique : « Les poils du pinceau (la partie principale !) sont appliqués sur la surface pour y laisser une trace. C'est le travail, et c'est la peinture ».